—Vous les retenez dans votre camp, ici, à Casa-Trama?

Don Pablo se tourna d'un air dépité vers le Français dont il sentait instinctivement que le regard pesait sur lui.

—Il est vrai, répondit-il enfin, que ces dames se trouvent dans mon camp, mais elles y jouissent de la liberté la plus entière.

—Cependant, lorsqu'à plusieurs reprises elles vous ont prié de les laisser rejoindre le général de Castelmelhor, toujours vous vous êtes opposé sous de vagues prétextes.

La situation se tendait de plus en plus, le partisan sentait la colère bouillonner dans son sein, il comprenait qu'il avait été trahi, que sa conduite était connue, que toute dénégation était impossible; le brevet d'honnêteté que si récemment lui avaient octroyé les officiers espagnols, l'obligeait à se contraindre; cependant il ne fut pas maître de réprimer toute marque de mécontentement, il y avait encore en lui trop du partisan et du bandit.

—¡Vive Dios! s'écria-t-il avec violence, on croirait, sur mon âme, que vous me faites en ce moment señor un interrogatoire, señor capitaine.

—C'en est un, en effet, caballero, répondit fièrement l'officier.

—Vous oubliez, il me semble où vous vous trouvez et à qui vous parlez, señor.

—Je n'oublie rien, j'accomplis mon devoir sans me soucier des conséquences probables que cette conduite aura pour moi.

—Vous plaisantez, señor, reprit le partisan avec un sourire cauteleux, vous n'avez rien à redouter de moi ni des miens, nous sommes des soldats et non des bandits; parlez donc sans crainte.