Ainsi rebuté, le señor Vallejos se vit contraint de se renfermer de nouveau dans le mutisme sournois qui l'avait distingué pendant tout le cours de l'entrevue.

Le capitaine portugais, profitant de la permission qui lui était enfin donnée, s'approcha de quelques pas, et après avoir cérémonieusement salué don Pablo, il prit la parole d'une voix ferme.

—Señor coronel, dit-il, je me nomme don Sebastiao Vianna, et j'ai l'honneur de servir en qualité de capitaine dans l'armée de Sa Majesté le roi de Portugal et des Algarves.

—Je le sais, caballero, répondit sèchement don Pablo, venez donc au fait, s'il vous plaît, sans plus tarder.

—M'y voici, señor; cependant, avant de m'acquitter du message dont je suis chargé, il devait d'abord me faire connaître officiellement de vous.

—Fort bien, continuez.

—Le général don Roque, marquis de Castelmelhor, commandant en chef la deuxième division du corps d'occupation de la Banda Oriental, dont j'ai l'honneur d'être aide de camp, m'envoie vers vous don Pablo Pincheyra; colonel commandant une cuadrilla au service de Sa Majesté le roi d'Espagne, pour vous prier de vous expliquer clairement et catégoriquement au sujet de la marquise de Castelmelhor, son épouse, et de doña Eva de Castelmelhor, sa fille, que, d'après certains bruits parvenus jusqu'à lui, vous retiendriez, contre le droit des gens, prisonnières dans votre camp de Casa-Trama.

—Oh! fit don Pablo avec un geste de dénégation, une telle supposition attaque mon honneur, señor capitaine, prenez-y garde.

—Je ne fais pas de supposition, caballero, reprit don Sebastiao avec fermeté, veuillez me répondre clairement; ces dames sont-elles oui ou non en votre pouvoir?

—Ces dames ont réclamé mon assistance pour échapper aux rebelles qui les avaient faites prisonnières.