—Pourquoi donc cela señor coronel? répliqua vivement le Portugais; le moment me parait, à moi, fort convenable, et l'endroit où nous nous trouvons des mieux appropriés. D'ailleurs, ne venez-vous pas d'y traiter des sujets de la plus haute importance?

—Cela peut être, señor; mais il me semble que cette audience n'a que trop duré déjà; elle s'est prolongée au delà des limites ordinaires. Vous, comme nous, devez avoir besoin de quelques heures de repos?

—Ainsi, señor coronel, vous refusez de m'entendre? reprit sèchement l'officier.

—Je ne dis pas cela, répondit vivement don Pablo; ne vous méprenez pas je vous prie, señor capitaine, sur le sens que j'attache à mes paroles. Je vous adresse une simple observation dans votre intérêt seul; voilà tout, señor.

—S'il en est ainsi, caballero, permettez-moi, tout en vous remerciant de votre courtoisie de ne pas accepter, quant à présent du moins, l'offre gracieuse que vous me faites, et, si vous me le permettez, je m'acquitterai de ma mission.

Don Pablo jeta à la dérobée un regard sur le peintre français, puis il répondit avec une répugnance visible:

—Parlez donc, señor, puisque vous l'exigez; caballeros, ajouta-t-il en s'adressant aux autres étrangers, excusez-moi pendant quelques minutes, je vous prie; vous voyez que je suis contraint d'écouter ce que ce caballero désire si ardemment me dire; mais je me plais à croire qu'il ne nous retiendra pas longtemps?

—Quelques minutes seulement, señor.

—Soit, nous vous écoutons.

Et le partisan reprit d'un air ennuyé le siège qu'il avait quitté; bien qu'il fit bonne contenance, un observateur aurait cependant remarqué qu'il éprouvait une vive contrariété intérieure. Le Français, mis sur ses gardes par Tyro, et qui jusque-là n'avait, dans ce qui s'était passé, rien vu qui lui fût personnel, ne laissa pas échapper cet indice, si léger qu'il fût; et, tout en feignant la plus entière indifférence, il redoubla d'attention et imposa sèchement silence au secrétaire de don Pablo qui, sans doute, averti par son maître, s'était tout à coup senti le besoin de causer avec le jeune homme auquel, jusqu'à ce moment, il n'avait pas daigné accorder la moindre marque de politesse.