—Bien, reprit en souriant le jeune chef, je remercie mon frère de m'accepter pour compagnon du sang; le Cougouar nous attachera l'un à l'autre.
—Soit, répondit simplement celui-ci.
Les trois hommes se levèrent.
Le Cougouar s'avança alors entre eux, et leur faisant étendre en avant à chacun la main droite:
—Chacun de vous, dit-il, est double; il a un ami pour veiller sur lui en tous lieux et en toutes circonstances, le jour comme la nuit, le matin comme le soir; les ennemis de l'un sont les ennemis de l'autre; ce que l'un possède appartient à son ami. A l'appel de son compagnon de sang, n'importe où il se trouve, n'importe ce qu'il fasse, l'ami doit aussitôt tout abandonner pour accourir auprès de celui qui réclame sa présence. La mort même ne saurait vous désunir: dans l'autre vie, votre pacte continuera aussi fort que dans celle-ci. Vous, Zéno Cabral, pour la nation des Guaycurús, vous vous nommez maintenant Cabral Gueyma; et vous, Gueyma, pour les frères de votre ami, vous êtes Gueyma Zéno. Votre sang même doit se mêler dans votre poitrine, afin que vos pensées soient bien réellement les mêmes et que, à l'heure où vous comparaîtrez, après votre mort, devant le Maître du monde, il vous reconnaisse et vous réunisse l'un à l'autre.
Après avoir ainsi parlé, le Cougouar tira son couteau de sa gaine et piqua légèrement la poitrine du partisan juste à la place du cœur.
Zéno supporta sans trembler ni pâlir cette effrayante incision, le vieux chef recueillit le sang qui coula de la blessure dans un couis dans lequel un peu d'eau était restée; il incisa de même la poitrine du jeune chef et fit aussi couler son sang dans le couis.
Élevant alors le vase au-dessus de sa tête:
—Guerriers, s'écria-t-il d'une voix sombre et empreinte d'une majesté suprême, là est contenu votre sang, si bien mêlé qu'il ne pourrait plus être séparé; chacun de vous va boire à cette coupe que, entre vous deux, vous devez vider; à vous d'abord, ajouta-t-il en se tournant vers Zéno Cabral en tendant le vase vers lui.
—Donnez, répondit froidement le partisan et il le porta sans hésiter à ses lèvres.