Et sans plus de salutations, il tourna sur les talons et quitta le toldo aussi brusquement qu'il y était entré, sans autrement prendre congé des deux dames et tenant la main droite fortement appuyée sur la poitrine dans le but sans doute de s'assurer que le précieux reliquaire était toujours à l'endroit où il l'avait caché.

Il y eut un long silence entre les deux dames après le départ du Pincheyra.

La marquise releva enfin les yeux et fixa un long regard sur sa fille, qui, la tête penchée sur la poitrine, semblait plongée dans d'amères réflexions.

—Eva! lui dit-elle d'une voix douce.

La jeune fille tressaillit, et, redressant vivement sa belle tête pâlie par le chagrin:

—Vous me parlez, ma mère? répondit-elle.

—Oui, ma fille, reprit la marquise; vous pensiez à notre malheureuse situation, sans doute?

—Hélas! fit-elle.

—Situation, continua la marquise, que chaque instant qui s'écoule rend plus affreuse car ne vous y trompez pas, mon enfant, cette liberté que nous accorde le bandit dont nous sommes les prisonnières, cette liberté n'est qu'un leurre.

—Oh! Le croyez vous donc, ma mère? Qui vous fait supposer cela?