—Je ne sais rien, et pourtant je suis convaincue que l'homme qui se dit envoyé par votre père pour nous ramener près de lui, et s'obstine à se tenir à l'écart, au lieu de se présenter à nous, ainsi qu'il le devrait faire; je suis convaincue que cet homme est un ennemi, plus redoutable peut-être pour nous que celui auquel il nous enlève, et qui, bandit sans foi ni loi, ne nous retenait cependant que dans l'espoir d'une riche rançon, n'ayant contre nous ni haine ni colère.
—Pardonnez-moi, ma mère, de ne pas être de votre avis en cette circonstance. Dans une contrée si éloignée de notre pays, où, à paru don Emilio, nous ne connaissons personne, étrangères au milieu du peuple à demi sauvage qui nous entoure, quel ennemi pouvons-nous redouter?
La marquise sourit tristement.
—Votre mémoire est courte, dit-elle, ma chère Eva; insouciante comme tous les enfants de votre âge, le passé n'est plus pour vous qu'un rêve, et vos regards, sans se fixer sur le présent, se dirigent sur l'avenir seul. Avez-vous donc oublié déjà le chef de partisans qui, il y a deux mois, nous fit prisonnières et dont nous sauva le dévouement de don Emilio?
—Oh! Non, ma mère, s'écria-t-elle avec un tressaillement nerveux, non, je ne l'ai pas oublié, car cet homme semble être notre mauvais gente! Mais, Dieu soit loué ici, du moins, nous n'avons rien à redouter de lui.
—Vous vous trompez, ma fille, c'est lui, au contraire, qui aujourd'hui nous poursuit encore.
—Cela ne saurait être, ma mère; cet homme est, vous le savez, attaché au parti contraire à celui que soutient le bandit aux mains duquel nous nous trouvons.
—Pauvre enfant, les méchants se ligueront toujours lorsqu'il s'agira de faire le mal; je vous le répète, cet homme est ici.
—Ma mère, dit la jeune fille d'une voix que l'émotion faisait trembler, mais cependant avec un accent résolu, vous le connaissez depuis longtemps cet homme?
—Oui, répondit-elle sèchement.