Elle pria longtemps ainsi; soudain elle sentit une larme brûlante tomber sur son front, elle releva vivement la tête.

Sa fille, à demi levée hors du hamac, penchée sur elle, la regardait prier.

—Ma mère! Ma mère! s'écria-t-elle en l'attirant doucement vers elle.

La marquise se leva sans répondre, s'approcha de sa fille, et les deux femmes tombèrent dans les bras l'une de l'autre, confondant leurs larmes dans une étreinte passionnée.

La journée s'écoula tout entière sans nouvel incident. Grâce à la présence des étrangers dans le camp, nul ne vint troubler la solitude des captives qui eurent au moins cette satisfaction d'échapper, pendant cette dernière journée, au milieu des Pincheyras, aux obsessions intéressées de la sœur de leur chef.

Vers le soir, on les avertit par un message assez laconique de faire tous leurs préparatifs, de façon à être prêtes à se mettre en route au premier signal.

Les bagages des deux dames avaient été, chose étrange, scrupuleusement respectés par les partisans; aussi étaient-ils assez importants et nécessitaient quatre mules pour leur transport; on leur promit que des bêtes de somme seraient mises à leur disposition.

La nuit fut sombre; une chaleur lourde pesait sur la nature; la lune, cachée par d'épais nuages bordés de reflets grisâtres, ne répandait aucune lumière; le ciel était noir; de sourdes rumeurs, emportées sur l'aile du vent, traversaient l'espace comme des plaintes sinistres; par intervalles, des mugissements lugubres s'échappaient des quebradas, et, répercutés par les échos, allaient éveiller les fauves au fond de leurs repaires, ignorés.

Un silence funèbre planait sur le camp, où tous les feux étaient éteints; les sentinelles elles-mêmes étaient muettes, et leurs longues silhouettes immobiles, semblables à des spectres, se détachaient en gris sur la teinte plus sombre des mornes environnants.

Vers quatre heures du matin, au moment où l'horizon commençait à s'iriser de bandes grisâtres, un bruit de chevaux se fit entendre dans la partie du camp habitée par les captives et se rapprocha rapidement de leur hatto.