Enfin, après quelques minutes, il commença.

—Ma famille, ainsi que vous l'indique mon nom, madame, est d'origine portugaise: un de mes ancêtres fut cet Álvarez Cabral auquel le Portugal doit de si magnifiques découvertes. Fixés au Brésil depuis les premiers temps de l'occupation, mes aïeux s'établirent dans la province de São Paulo, et, entraînés tour à tour par l'exemple de leurs voisins et de leurs amis, ils tentèrent de longues et périlleuses expéditions dans l'intérieur des terres inconnues de tous, et plusieurs d'entre eux comptèrent parmi les plus célèbres et les plus hardis Paulistas de la province. Pardonnez-moi ces détails, madame, mais ils sont indispensables; du reste, je les abrège autant que cela m'est possible. Mon aïeul, à la suite d'une discussion fort vive avec le vice-roi du Brésil, don Vasco Fernández Cesar de Meneses, vers 1723, discussion dont jamais il ne voulut nous révéler les motifs, vit ses biens mis sous séquestre; lui-même fut obligé de prendre la fuite avec toute sa famille. Un peu de patience, je vous en conjure, madame.

—Vous êtes injuste, señor; ces détails, que j'ignorais, m'intéressent au plus haut point.

—Mon aïeul, avec les débris qu'il réussit à sauver de sa fortune, débris assez considérables, je me hâte de le dire, car il était colossalement riche, se réfugia dans la vice-royauté de Buenos Aires, afin de plus facilement repasser au Brésil, si la fortune cessait de lui être contraire. Mais son espoir fut déçu; il devait mourir dans l'exil; sa famille était condamnée à ne revoir jamais sa patrie. Cependant, à différentes reprises, des propositions lui furent faites pour entrer en accommodement avec le gouvernement portugais, mais toujours il les repoussa avec hauteur, protestant que, n'ayant commis aucun crime, il ne voulait pas être absous, et que surtout,—remarquez bien cette dernière parole, madame,—le gouvernement, qui lui avait enlevé ses biens, n'avait rien à prétendre sur ce qui lui restait; qu'il ne consentirait jamais à payer une grâce qu'on n'avait pas le droit de lui vendre. Plus tard, lorsque mon aïeul fut sur le point de rendre l'âme, et que mon grand-père et mon père furent réunis autour de son lit, bien que fort jeune encore, mon père crut comprendre quelles étaient les propositions faites par le gouvernement portugais, et que le vieillard avait toujours obstinément repoussées.

—Ah! fit l'abbesse, commençant malgré elle à s'intéresser à ce récit, fait avec un accent de vérité qui ne pouvait être révoqué en doute.

—Jugez-en vous-même, madame, reprit le montonero; mon aïeul, ainsi que je vous l'ai dit, se sentant mourir, avait réuni mon grand-père et mon père autour de son lit, puis, après leur avoir fait jurer sur le Christ et sur l'Evangile de ne jamais révéler ce qu'il allait leur dire, il leur confia un secret d'une importance immense pour l'avenir de notre famille; en un mot, il leur avoua que quelque temps avant son exil, dans la dernière expédition qu'il avait tentée seul selon sa coutume, il avait découvert des mines de diamants et des gisements d'or d'une richesse incalculable, il entra dans les plus grands détails sur la route à suivre pour retrouver le pays où ces richesses inconnues étaient enfouies, remit à mon grand-père une carte tracée par lui sur les lieux mêmes, y ajouta, de peur que mon grand-père oubliât quelque détail important, une liasse de manuscrit où l'histoire de son expédition et de sa découverte ainsi que l'itinéraire qu'il avait suivi pour aller et revenir, étaient racontés jour par jour, presque heure par heure; puis certain que cette fortune qu'il leur léguait ne serait pas perdue pour eux, il bénit ses enfants et mourut presque aussitôt épuisé par les efforts qu'il lui avait fallu faire pour bien les renseigner; mais, avant de fermer à jamais les yeux, il leur fit une dernière fois jurer un secret inviolable.

—Je ne vois pas jusqu'à présent, monsieur, quel rapport il y a entre l'histoire, fort intéressante incontestablement, que vous me racontez, et ces deux malheureuses dames, interrompit l'abbesse en hochant la tête.

—Encore quelques minutes de complaisance, madame, vous ne tarderez pas à être satisfaite.

—Soit, monsieur, continuez donc, je vous prie!

Don Zéno reprit: