—Oui, monsieur le gouverneur.
—Alors, veuillez, je vous prie, vous expliquer sans ambage; le señor duc connaît tous nos secrets; d'ailleurs, il est trop de nos amis pour que nous lui fassions un mystère de ce qui nous intéresse.
—Voici le fait en deux mots, répondit en s'inclinant don Zéno Cabral: les deux prisonniers qui devaient demain être jugés comme espions par le conseil de guerre, don Luis Ortega et le comte de Mendoza, que moi-même avais arrêtés la nuit de la fête en plein Cabildo...
—Eh bien? interrompit le général Moratín.
—Eh bien, ils se sont évadés.
—Evadés! s'écria le gouverneur avec surprise.
—Aujourd'hui même, au lever du soleil, déguisés en moines franciscains; des affidés leur tenaient des chevaux tout préparés aux portes de la ville.
—Oh! Oh! Cela m'a tout à fait l'air d'une trahison! s'écria le général en fronçant le sourcil, je vais...
—Ne faites rien, interrompit don Zéno, toute démarche serait inutile maintenant; ils ont une avance de près de quatorze heures, et l'on va vite quand on veut sauver sa tête.
—Quand avez-vous appris cette évasion dont personne ne m'a instruit?