Nous avons dit qu’il avait conservé son potager de la hutte, qu’il l’avait agrandi et l’avait entouré de terrains défrichés et ensemencés. Les cendres résultant de l’incendie, mises en tas, après avoir été fouillées et refouillées, avaient été employées comme engrais dans les nouvelles cultures. A l’époque des labours d’automne et des semailles, Marcel s’était mis à l’œuvre avec son ardeur accoutumée, transportant les cendres dans sa brouette, les étalant et les mélangeant avec soin aux terres fraîchement remuées.

Ce travail, assez fatigant, tirait à sa fin. Marcel chargeait la dernière brouette, et, avec sa pelle, il raclait la terre avec soin, lorsqu’il lui sembla que le fer de son outil, en grattant le sol, rendait un bruit singulier. Il crut s’être trompé et renouvela l’expérience en redoublant d’attention. Cette fois, non seulement la pelle rendit le même son, mais elle se heurta tout à coup contre un corps dur, qui lui opposa une sérieuse résistance. De plus en plus intrigué, le jeune homme s’arrêta et réfléchit. Après quelques instants, il se pencha vers l’obstacle, le déblaya, et, à sa grande surprise, vit un fort anneau de fer.

Il demeura pensif, regardant autour de lui, essayant de reconstituer dans sa mémoire la situation exacte de la hutte, et la place que devait, avant l’incendie, occuper cet anneau de fer si singulièrement découvert. Sa surprise était d’autant plus grande, que le sol de la cabane était une aire en terre battue ; il se disait avec raison que si, pendant qu’il habitait la demeure du pâtre, cet anneau avait été à découvert, il n’aurait pas manqué de l’apercevoir. Ce mystérieux anneau devait donc être enterré ou dissimulé sous quelque meuble. A force de se creuser la tête, Marcel finit par établir sa place exacte. Il devait être dissimulé par le coffre servant de lit au pâtre ; et, pour plus de sûreté, caché sous une couche de terre plus ou moins épaisse. En effet, s’il en eût été autrement, soit pendant qu’il bouleversait la paillasse de ce maigre grabat, soit lorsqu’il l’avait enlevé, Marcel aurait évidemment découvert l’anneau placé à fleur du sol.

Il y avait donc là une trappe soigneusement cachée et recouvrant, selon toutes probabilités, l’entrée d’une cave, d’un souterrain quelconque, ou, tout au moins, d’un caveau. Mais que renfermait ce caveau ?

Les paysans méridionaux, surtout les Provençaux, sont avares, méfiants et cachottiers. Ce sont là leurs moindres défauts et leurs péchés mignons ; Marcel les connaissait de longue date et savait à quoi s’en tenir sur leur compte.

— Il y a peut-être là tout un magasin très curieux, murmura Marcel, qui s’agenouilla sur le sol et commença à enlever la terre avec précaution, tout autour de l’anneau. Bientôt, ainsi qu’il l’avait prévu, à une profondeur de quelques centimètres, il vit le bois apparaître. Il redoubla d’efforts, et, en moins d’une heure, toute la plaque fut mise à découvert sur un carré de 1m,25 de côté ; l’anneau formait le centre. Cette trappe était en bois de chêne. Recouverte de larges plaques de fer, elle reposait sur quatre rainures en ciment. Marcel nettoya les joints avec le plus grand soin et se releva, pensif.

— Ceci n’est pas l’œuvre d’un pâtre, murmura-t-il. Le travail est trop bien exécuté. Il y a là un mystère ! Dans quel but a-t-on pu faire, dans ces montagnes isolées, une cachette de ce genre ? Car, évidemment, c’est une cachette. Par qui a-t-elle été construite ? Qu’y a-t-on enfermé ?… Il saisit alors un levier en fer, en passa l’extrémité dans l’anneau et pesa fortement.

La trappe ne bougea pas ; il redoubla de vigueur, elle oscilla légèrement.

— J’y arriverai, dit Marcel ; seulement, je m’y suis mal pris. C’est à recommencer mais dans d’autres conditions.

Il alla chercher des pierres de différentes grosseurs, les plaça à sa portée, puis il reprit son levier. Mais, au lieu de le passer dans l’anneau, il en introduisit la pince dans un des joints de la trappe et il fit une pesée lente, de plus en plus vigoureuse. La trappe se souleva légèrement d’un demi-pouce au plus. Marcel poussa du pied une petite pierre qu’il introduisit dans la solution de continuité qui s’était produite. Il recommença à peser, et, au fur et à mesure que la plaque se soulevait, il poussait des pierres plus grosses, afin de l’empêcher de retomber. Ce travail était lourd et extrêmement pénible. Marcel s’arrêtait, reprenant haleine, et se remettait à l’œuvre avec une nouvelle ardeur. Après une heure d’efforts, la plaque était soulevée de cinquante centimètres environ. Le jeune homme passa une corde dans l’anneau, il disposa un lit de pierres formant une pente de quarante-cinq degrés, saisit la corde qu’il fit passer sur la maîtresse branche d’un pin placé à l’arrière de la trappe, et, réunissant toutes ses forces, il donna une secousse vigoureuse : la plaque, cédant, se leva toute droite. Marcel donna une secousse nouvelle, fila doucement la corde, et la trappe se coucha sur l’amas de pierres disposé pour la recevoir. Grâce à cette façon de procéder, rien ne lui serait plus facile que de refermer l’ouverture quand il le jugerait convenable. De plus, il ne risquait pas de la voir se refermer toute seule et à l’improviste. Il se hâta de se pencher sur l’orifice qui venait d’être mis à découvert. Il aperçut les premières marches d’un escalier ; mais ce fut tout. Une obscurité complète régnait au fond du trou béant. Cela ne l’inquiéta que médiocrement, il savait comment se procurer de la lumière ; en moins d’un quart d’heure, il eut confectionné une demi-douzaine de torches en sapin. Il les attacha en faisceau derrière son dos, en alluma une qu’il tint à la main, et pénétra résolument dans le caveau, suivi fidèlement par ses chiens. L’escalier avait vingt marches ; Marcel les compta. Quand il atteignit le sol, il inspecta l’endroit où il se trouvait. C’était une salle voûtée, assez grande, de forme circulaire, et haute de plus de trois mètres. Une centaine de sacs de ciment étaient empilés dans un coin. Près d’eux, des outils de maçon, auges, truelles, etc., etc. ; une meule à affûter des outils toute montée, des instruments de terrassier destinés non seulement à transporter les terres, mais encore à creuser le roc. C’étaient des découvertes précieuses pour le solitaire, et une véritable bonne aubaine ; aussi ne regretta-t-il pas le rude travail que cela lui avait coûté. Cette salle était entièrement construite en quartiers de roche cimentés, le sol et l’escalier étaient fabriqués de même.