— Oh ! oh ! murmura-t-il, cela se complique ; allons jusqu’au bout. Et il pénétra dans la galerie : elle était large de près de deux mètres, haute de trois au moins, creusée dans le roc vif ; elle formait plusieurs détours. Le sol était formé d’un sable jaune très fin ; l’air y pénétrait sans doute par d’imperceptibles fissures, car on y respirait à l’aise. Après avoir marché assez rapidement pendant au moins un quart d’heure et suivi tous les détours du souterrain, Marcel se trouva subitement arrêté par une muraille de roche calcaire.

— Bon ! encore la même plaisanterie, s’écria-t-il ; cette fois, je ne m’y laisserai pas prendre.

Et il recommença ses recherches. Presque aussitôt il découvrit un A gothique dont la pointe était faite d’un clou. Il le pressa, comme la première fois, et non moins silencieusement, la muraille tourna sur elle-même et démasqua un escalier. Il s’y engagea, et quand il eut franchi trente marches, il rencontra une porte secrète désignée par un D gothique.

Il pénétra alors dans une vaste caverne naturelle, divisée en plusieurs compartiments. Le premier regorgeait de vases d’église, croix, encensoirs, ostensoirs, candélabres, flambeaux. C’était le trésor d’une église ou d’une abbaye ; on y voyait étinceler des calices, des patènes d’or et d’argent, et, entassées dans des coffres, des monnaies d’or et d’argent de tous les pays. Les autres compartiments étaient pleins de meubles précieux, tapisseries de haute lisse, tableaux des anciens maîtres de toutes les écoles, œuvres des peintres vénitiens, romains, français, hollandais, flamands, espagnols. Là se trouvaient réunies d’incalculables richesses, des vitraux précieux et de nombreuses caisses remplies de feuilles de verre.

D’où provenaient ces trésors ? Comment les avait-on transportés là ? A force de se creuser la cervelle, Marcel se rappela une légende qui avait cours dans la montagne et que les pâtres se racontaient le soir au coin du feu. Il n’avait d’ailleurs jamais voulu en croire un traître mot. Du temps de la grande révolution, disait-on, plusieurs prêtres de Lyon et de Grenoble, réunis à des religieux de la Grande-Chartreuse, croyant leur vie en danger, s’étaient réfugiés dans la montagne.

Là, ils avaient vécu pendant près d’une année assez tranquilles sous la protection des pâtres, qui pourvoyaient à leur nourriture et achetaient pour eux des vivres dans les fermes. Un jour, une bande de malfaiteurs venus, on ne sait d’où, accoururent, dit-on, pour profiter des discordes civiles. Ils avaient découvert la retraite des fugitifs, l’avaient cernée pendant la nuit, et avaient impitoyablement massacré tous les religieux réfugiés dans la grotte. Cette légende semblait se rapporter assez bien à la découverte imprévue faite par Marcel. Mais il rejeta bientôt cette explication.

— Les gens qui auraient massacré les proscrits, pensa-t-il, auraient évidemment emporté avec eux ces immenses richesses, ou tout au moins je retrouverais les os blanchis de ces pauvres victimes.

Or, rien ne confirmait ces hypothèses. Meubles, tapisseries, tableaux, ornements d’église, etc., étaient là, rangés dans l’ordre le plus parfait et aucun ossement n’était visible.

Tout en faisant ces réflexions, Marcel découvrit une nouvelle issue secrète aboutissant à une grotte naturelle, large, haute et profonde, mais s’ouvrant par une vaste entrée sur une plate-forme assez grande de la montagne.

Lorsqu’il eut promené ses regards investigateurs autour de lui, tout lui fut expliqué.