La légende était vraie.
Les ossements des prêtres et des religieux, blanchis par les ans, gisaient là sans sépulture, et formaient de petits amas d’une blancheur mate, auxquels se mêlaient quelques lambeaux de serge noire jaunie par le temps.
Les cadavres étaient là où ils étaient tombés sous les coups de leurs assassins.
Marcel reconstitua en un instant, dans son esprit, ce lugubre événement tel qu’il avait dû se passer, et, reprenant mot à mot la légende, il pensa :
Les prêtres et les moines réfugiés dans la grotte, avertis, dit-on, du danger qui les menaçait, avaient-ils essayé de fuir ? Quelque courageux que puissent être des gens menacés de mort, leur premier mouvement comme leur premier devoir est de tâcher d’échapper à leurs assassins.
La première pensée des fugitifs avait donc été sans doute d’abandonner leur refuge pour en chercher un autre plus sûr ; mais, abandonner la garde du trésor de l’église ne constituerait-il pas une véritable désertion ? Ces richesses confiées à leurs soins ne deviendraient-elles pas la proie des bandits ? Sans doute, dans cette perplexité, ils se mirent en prière, et se plaçant sous la garde de Dieu, ils attendirent les événements.
Mais qui pouvait leur dicter ce devoir impérieux et cette abnégation sublime ?
Nous allons dire en quelques mots comment Marcel s’expliqua les faits qui avaient dû avoir lieu.
Depuis la convocation des États-Généraux, le clergé français avait compris le mot de l’abbé Sieyès : « Nous combattons pour mettre au-dessus ce qui est dessous et au-dessous ce qui est dessus. »
Cette phrase si courte contenait le programme de l’avenir ; il ne s’agissait plus de réformes plus ou moins sérieuses, mais d’une révolution complète à la suite de laquelle les vaincus, quels qu’ils fussent, seraient proscrits et mis hors la loi par les plus forts.