Le cardinal de Lyon, primat des Gaules, un des plus puissants seigneurs du royaume à cette époque, prévoyant l’orage, résolut de prendre ses précautions. Il s’entendit avec plusieurs évêques et ses suffragants. Dans une réunion secrète, on résolut de mettre sans retard, à l’abri de l’orage, les trésors les plus précieux de l’Église et d’attendre les événements.

Le Général des Chartreux, aidé des Pères et des Frères du monastère placé au fond du désert, se chargea volontiers de faire construire, sur un plateau ignoré des Alpes, une cachette sûre dans laquelle on enfouirait les trésors précieux, au triple point de vue de la religion, des beaux-arts et de la richesse.

Cette cachette fut en effet construite dans les admirables conditions de sécurité que nous avons dites ; le secret en fut scrupuleusement gardé.

Quatre ans furent nécessaires pour mener à bien cette œuvre difficile.

On s’occupa alors à mettre en sûreté ces richesses accumulées pendant des siècles dans les églises et les couvents. Le temps pressait ; on était arrivé aux jours les plus difficiles de 1793. La France républicaine, envahie de toute part par les nations étrangères, déchirée chez elle par la guerre civile, la plus terrible et la plus dangereuse de toutes, la France blessée, meurtrie, et presque aux abois, se défendait avec l’énergie du désespoir et l’enthousiasme de la liberté ! Rendant coup pour coup, elle faisait arme de tout bois pour maintenir au-dehors l’intégrité de ses frontières et établir à jamais au-dedans les droits de l’homme et du citoyen.

Vingt-cinq prêtres furent délégués pour exécuter, dans le plus grand secret, le transport de ces richesses incalculables. A la plupart de ces pauvres religieux ou prêtres, on ne fit que des demi-confidences. Six d’entre eux, seuls, connaissaient le secret tout entier.

Lorsque le trésor eut été enfoui dans les entrailles de la terre, les chefs choisis par l’archevêque déclarèrent à leurs compagnons que tous avaient été désignés, en raison de leur vertu et de leur piété, pour veiller jour et nuit sur les objets sacrés confié à leur garde.

Lorsque le secret de leur refuge fut connu par les bandits, qui profitaient de ces époques troublées pour promener partout le massacre et le pillage, les montagnards conseillèrent aux religieux de s’enfuir au plus vite et de gagner une autre cachette qui leur avait été préparée par leurs soins pieux. Les saints hommes, craignant que leur disparition n’exaspérât leurs ennemis et que dans la rage de les voir à l’abri de leurs poursuites, les bandits ne découvrissent le trésor et n’y portassent leurs mains sacrilèges, firent avec un dévoûment plus admirable que réfléchi le sacrifice de leur vie. Ils espéraient que leur froide résignation désarmerait les assassins et que ceux-ci, ne trouvant là que de pauvres prêtres désarmés et prêts à mourir, ne pousseraient pas plus loin leurs recherches.

Cette dernière partie de leurs prévisions se réalisa seule. Les bandits, furieux de ne rien trouver des richesses dont ils avaient espéré s’emparer, massacrèrent lâchement ces hommes sans défense et se retirèrent les bras rouges du sang de ces innocentes victimes.

C’est par suite de cet événement terrible que le trésor sacré avait été perdu pour tout le monde. Ceux qui seuls en possédaient le secret l’ayant emporté avec eux dans la tombe.