Deux jours suffirent pour que les pauvres bêtes s’accoutumassent à leur poulailler et commençassent à devenir familières avec leur maître.

Pour les moutons, Marcel procéda à peu près de la même façon. Il les surprit endormis, leur attacha les pattes et les transporta dans la bergerie préparée pour eux. C’est ainsi qu’il devint propriétaire d’un fort joli troupeau de moutons et de brebis, dont la laine, le lait et la chair, devinrent pour lui d’un excellent rapport.

Sur la terrasse des religieux, il y avait aussi des chèvres sauvages. Marcel, ayant déjà un troupeau assez nombreux, les laissa libres et se réserva seulement de les chasser de temps en temps, pour les besoins de sa cuisine, et afin de ne pas les laisser se trop multiplier.

Avec les ânes, il fallut procéder avec plus de précautions et de finesse ; mais il finit le pont avant de s’occuper d’eux.

Voici de quelle manière il procéda à cette construction.

Les arbres formant la carcasse du pont étaient fort gros ; leur longueur était double de la largeur du précipice ; il s’agissait de les faire dépasser des deux côtés les bords d’une longueur égale, c’est-à-dire de cinq mètres environ. Il vint donc avec ses chiens et ses ours, auxquels il fit traîner sa brouette chargée des prolonges. Grâce à ses efforts combinés avec ceux de ses animaux, et avec l’aide de ces prolonges, il parvint, non sans peine, au résultat désiré. Les arbres, débordant ainsi de chaque côté de l’abîme, et soigneusement rapprochés dans leur longueur, offrirent une solidité à toute épreuve ; pour les maintenir dans cette situation, Marcel enfonça profondément de longs pieux en terre, six à droite, six à gauche, de chaque côté du précipice. Les troncs de chêne, ou, pour mieux dire, le tablier du pont, furent ainsi maintenus, sans qu’on eût à redouter un écartement possible.

A l’aide d’une herminette, Marcel aplanit les arbres sur la surface supérieure, fit disparaître les gibbosités du bois et put éviter ainsi les faux pas. Ce travail important eut lieu sur toute la longueur du tablier.

Il noya ensuite les arbres dans un lit de ciment, puis, dans toute la longueur du pont dépassant d’environ cinquante centimètres le niveau du pont. Cette sorte de double muraille était destinée à maintenir un sol factice de terre battue et de pierres concassées ; si bien que lorsque cette aire fut terminée, elle avait le même aspect que la chaussée du chemin dont elle semblait être la continuation.

On comprend que ces travaux minutieux devaient être fort longs et surtout fort pénibles.

Mais ce n’était pas tout.