Plusieurs chênes énormes projetaient leurs branches jusqu’au-dessus du précipice dont les deux bords étaient de niveau.

Marcel était l’homme des décisions rapides. Il grimpa sur un de ces chênes, l’ébrancha sur toute sa longueur, en fit autant à un second et à un troisième. Ces arbres n’avaient pas moins de douze à quinze mètres de hauteur et du haut en bas ils avaient presque une grosseur égale, car il avait eu soin d’en trancher le faîte.

Après avoir soigneusement enlevé et mis en tas les branches, il reprit sa hache et attaqua vigoureusement le pied du premier arbre. C’était un rude travail, mais Marcel était vigoureux et il s’était juré à lui-même d’abattre ces trois géants avant le coucher du soleil.

Les trois arbres, en effet, l’un après l’autre, se penchèrent sous les coups répétés de la terrible hache, et se couchèrent en travers du précipice. Marcel avait si habilement dirigé leur chute, qu’ils semblaient soudés l’un à l’autre.

Ce n’était encore là, à la vérité, qu’une carcasse de pont ; mais il était solide et offrait une largeur de près de quatre mètres. Il restait beaucoup à faire pour en rendre le passage commode et accessible aux animaux.

Marcel était accablé de fatigue ; il remit au lendemain l’achèvement de cette œuvre, et, franchissant le pont inachevé, il se hâta de retourner à son logis. Ses chiens le suivirent, non sans une certaine hésitation.

Il lui fallut, contrairement à ses calculs et à l’impatience de ses désirs, près d’un mois pour terminer son pont, et l’amener au point de perfection qu’il désirait atteindre. Il interrompait, il est vrai, de temps en temps, ce travail, soit pour préparer une bergerie et un parc, soit pour faire un poulailler, soit enfin pour établir dans de bonnes conditions une écurie assez vaste pour contenir une douzaine d’ânes, avec des greniers à fourrages au-dessus.

Il lui fallut, de plus, établir, à travers la forêt, une route assez large, aboutissant d’un côté au pont, et venant, de l’autre, après de nombreux détours, se terminer à son habitation et à la basse-cour.

Cette route fut tracée un peu plus large que le pont : Marcel donna cinq mètres à son chemin, le garnit, à droite et à gauche, de fossés, l’empierra solidement et en fit une grande voie de communication, qui traversait son domaine de part en part et desservait les prairies et les cultures.

Ces travaux terminés, il surprit, par une nuit obscure, les poules au perchoir, les enferma dans un sac, et, au moyen de sa brouette, les transporta dans leur nouveau domicile, après avoir eu soin de leur couper les ailes.