Comme on le voit, rien ne manquait à la ferme de Marcel.
Mais il fallait soigner et nourrir les animaux, et c’était un rude travail.
Depuis, il avait, jusque-là, faute de charrue et de bêtes de trait, dû faire tous ses défrichements à la bêche.
Le labourage n’avançait que lentement ; bientôt, il allait avoir une charrue, dont il ferait le soc en buis, faute de fer pour le fabriquer.
Déjà il possédait une herse et un rouleau auxquels il attelait des ânes, qui lui faisaient gagner du temps. Ses quatre charrettes lui permettaient de rentrer sa récolte en peu de jours.
Dès que ses grains étaient mis en grange, il établissait ses moutons dans des parcs.
Ses ânes lui servaient encore à battre le blé en galopant sur l’aire. Les grains vannés étaient enfermés dans des sacs, et, à leur défaut, dans de grandes corbeilles.
Il récoltait, en outre, des châtaignes, des noix, des noisettes, des sorbes, des pommes, des poires, des airelles, des faînes, du colza, des pommes de terre, des topinambours, des tomates, des carottes, des choux, des navets, etc., etc. Tout cela constituait une si grande somme de travail, que le jeune homme, sans aides, n’avait pas un instant de libre.
Il lui fallait moudre son blé, faire de l’huile, du cidre, de la chandelle, des bougies de cire, filer le chanvre, le lin ou la laine, tisser des étoffes, construire des barils pour l’huile, des sacs de toile, des vêtements de drap, récolter le miel, préparer des conserves pour l’hiver, faire le cidre et bien d’autres choses encore.
L’existence du solitaire était donc des plus actives. Il s’était construit, sur le plateau des Religieux, une maisonnette en briques (il avait la rage de la construction) très coquette et très solide, et l’avait appelée sa maison de campagne ; il l’avait meublée, et il y passait parfois la nuit, lorsque le mauvais temps le surprenait loin de la ferme, ainsi qu’il nommait son logis habituel, ou s’il se sentait trop fatigué pour aller plus loin.