Il connaissait à fond la flore de ses deux domaines ; il avait réuni une grande quantité de plantes médicinales, qu’il avait fait sécher avec soin et qu’il avait emmagasinées dans un compartiment séparé de la grotte, auquel il avait donné le nom de pharmacie.
Deux ou trois fois, à de longs intervalles, tandis qu’il était assis dans le kiosque du belvédère, il avait entendu se renouveler les chœurs des chanteurs invisibles. Toujours, il les avait écoutés avec émotion et y avait répondu. Ce faible lien qui le rattachait à la société des autres hommes était pour lui une sorte d’encouragement à la patience et une espérance, bien fugitive à la vérité, d’une délivrance possible, dans un avenir plus ou moins éloigné.
Un jour, il lui vint une pensée, celle de correspondre avec ses amis invisibles.
Cette pensée, il la mit aussitôt à exécution.
Il écrivit une relation très abrégée de ce qui lui était arrivé, de la vie qu’il menait, des ressources qu’il avait su se créer. Il ajouta à ce récit le plan topographique de la corniche et du plateau des Religieux, dont il mentionna la découverte, sans cependant souffler mot de ce qu’il avait trouvé dans le souterrain. Il termina en disant que, malgré ses efforts, il lui était impossible de trouver un passage, et que sa délivrance ne pourrait venir que du dehors. Il priait enfin la personne qui lirait cet écrit de le communiquer au propriétaire de la ferme des Alouettes.
Cela fait, il plia le papier, l’enveloppa soigneusement dans une peau de lapin, noua le tout à une lourde pierre, qu’il attacha à des lianes solidement tressées et dont il avait fait une corde d’au moins cinquante mètres. Il fila ce câble dans l’espace et attacha, à un quartier de roche surplombant sur le précipice, le bout qu’il avait conservé dans la main.
Cela fait, la chose lui parut si élémentaire et si simple, qu’il s’étonna de ne pas y avoir pensé plus tôt.
Parfois, la solitude lui pesait lourdement.
Pendant ces heures de mélancolie, quelque affectueuses et empressées que se montrassent ses bêtes, il sentait que leur société n’était pas suffisante pour lui, car il ne pouvait causer avec elles et échanger ses idées. Cependant, à aucun prix, il n’eût consenti à se séparer d’amis si dévoués.
Il ne désirait pas précisément sa délivrance, mais il aurait voulu pouvoir communiquer à son aise avec ses amis du dehors, et sans abandonner son domaine, avoir la possibilité d’aller et venir de la montagne à la vallée. Ce sol, qu’il avait défriché, fertilisé, lui était devenu cher, et, si ceux qu’il aimait eussent été près de lui, il eût volontiers consenti à ne jamais rentrer dans la société des autres hommes.