Instruit par l’expérience, il était devenu une sorte de philosophe pratique, sans ambition ; ses désirs se bornaient à vivre dans la médiocrité qu’il s’était faite, et de partager cette modeste aisance avec les amis de son enfance.
En faisant une exploration minutieuse des confins du plateau des Religieux, il avait, à plusieurs reprises et à divers endroits, trouvé les traces d’anciens passages. Ces voies avaient été détruites peut-être par les religieux mêmes, désireux d’assurer la sûreté de leur refuge ; en d’autres endroits, on reconnaissait aisément que les orages et les cyclones avaient détruit les anciens chemins.
Certains de ces passages pourraient peut-être, à force de travail et de patience, être rétablis.
Marcel en avait noté un surtout, et l’avait tracé sur son plan. C’était sans doute le seul que les fugitifs avaient conservé pour se garder une issue. Il faisait mille détours enchevêtrés les uns dans les autres de la façon la plus bizarre ; c’était par ce sentier sans doute qu’étaient arrivés les assassins. Ceux-ci, leur crime commis, furieux de n’avoir pas trouvé les richesses qu’ils convoitaient, avaient dû, en se retirant, détruire le passage, afin de ne laisser aucune trace de leur crime horrible.
Ce chemin n’était interrompu que sur une trentaine de mètres. Il ne s’agissait donc que de creuser à nouveau le roc sur ce point et de rétablir cette partie de rampe détruite. Ce travail, en raison des dangers qu’il présentait, ne pouvait, en aucun cas, être accompli par un homme seul ; mais évidemment une vingtaine d’ouvriers habilement dirigés auraient aisément réussi à le terminer en moins de quinze jours.
Toutes ces hypothèses et ces espérances reposaient sur les documents écrits par Marcel et suspendus dans l’espace. C’était une chance bien aléatoire.
La pierre à laquelle ils étaient attachés serait-elle recueillie, ou irait-elle s’enfouir à jamais au fond d’un précipice inabordable ? En admettant même qu’elle fût recueillie, tomberait-elle entre les mains d’un homme sachant lire ?
Cela admis, cet homme ajouterait-il foi à un écrit si invraisemblable, le porterait-il à sa destination au lieu de le déchirer ou de le brûler avec dédain ?
Le solitaire se livrait à cette série de pensées, se demandait encore si, en admettant même que son papier tombât entre des mains amies et bien intentionnées, les recherches que ses révélations provoqueraient ne s’égareraient point, et si, devant un premier insuccès, ceux qui voudraient le sauver ne désespéreraient pas ?
Toutes ces hypothèses fort logiques tenaient son esprit dans un état de tension perpétuelle.