En jetant son papier dans l’espace, il avait dit ce mot, écho de ses appréhensions :
— A la grâce de Dieu !
Dieu seul, en effet, pouvait le sauver et faire tomber cette frêle preuve de son existence en des mains amies.
Cependant le temps s’écoulait ; les jours succédaient aux jours. Dès qu’il avait un instant, Marcel montait à son belvédère et visitait sa corde ; elle était toujours tendue, et la pierre continuait à se balancer à son extrémité.
Cette préoccupation incessante avait altéré la santé du solitaire ; ses nuits s’écoulaient sans sommeil ; souvent, il se sentait, dans la journée, envahi par des frissons et un indéfinissable malaise.
Néanmoins, à chacune de ses visites, il ajoutait quelques mètres de corde ; elle ne tarda pas à atteindre une longueur de cent mètres.
Un jour, vers trois heures de l’après-midi, Marcel gravissait péniblement les pentes, assez douces pourtant, qui devaient le conduire à son poste d’observation, qu’il n’avait pas visité depuis près de deux semaines : il lui sembla entendre au loin une détonation qui lui parut être un coup de fusil.
Il tressaillit et alla en courant jusqu’à la lèvre de l’abîme.
Il saisit la corde de liane avec une anxiété fébrile et la tira à lui.
La corde flottait dans l’espace.