— Merci, Jacques, répondit Michel avec émotion. Tu ne pouvais me faire un plus grand plaisir.

Le lendemain, à l’heure dite, Michel Sauvage quitta la ferme en compagnie du fermier. A midi, Jacques était de retour.

— Eh bien ? lui demanda sa femme avec inquiétude.

— Il est parti en nous recommandant son fils, répondit Jacques. Hélas, pauvre Michel, le reverrons-nous ?

— Oui, j’en ai le pressentiment, s’écria vivement la jeune femme.

— Le ciel t’entende ! repartit-il en hochant la tête. Voilà notre pauvre Marcel orphelin.

— Non, puisque nous lui restons, s’écria-t-elle ; au lieu d’un enfant, nous en aurons deux.

— Voilà tout ! Tu as raison, femme ; d’ailleurs ne l’avions-nous pas adopté déjà ? Il n’y a donc rien de changé. Maintenant, fais-moi déjeûner vivement, femme, tout cela m’a bouleversé ; je meurs de faim ; dépêche-toi, le travail presse et il faut que j’aille surveiller nos ouvriers.

Le mari et la femme reprirent leur vie habituelle sans se préoccuper davantage de cette adoption définitive de l’enfant sur lequel, depuis sa naissance, ils avaient constamment veillé.

Douze jours plus tard, Michel Sauvage s’embarquait au Havre à bord du trois-mâts le Destin en charge pour New-York. Le soir même, le Destin mettait sous voiles et disparaissait en haute mer, vigoureusement drossé par une brise carabinée de l’Est-Nord-Est.