— Oh ! oh ! maître Corbon, reprit Jacques d’un ton de bonne humeur, permettez-moi de vous dire que, pour un notaire, vous me semblez beaucoup manquer de mémoire.

— Moi ! fit le notaire sur le même ton. Oh ! par exemple, Monsieur Chrétien, vous êtes le premier qui m’ayez jamais fait semblable reproche ; au contraire, bien des gens se plaignent que j’en ai trop.

— Allons, vous voulez rire. Ne suis-je pas le fermier des Alouettes, dont le propriétaire est M. Michel Sauvage ? La preuve, c’est que je vous apporte ma redevance et deux mille francs en plus sur la somme que je reste lui devoir sur les trente-cinq mille francs qu’il m’a prêtés pour m’établir. N’est-ce pas vous, maître Corbon, qui avez rédigé les deux actes ?

— Je me le rappelle parfaitement, cher monsieur Jacques.

— Eh bien, alors ! reprit le fermier en riant et tirant sa sacoche de l’une des poches de son énorme lévite.

— Bon, bon, cher monsieur, n’allons pas si vite, s’il vous plaît, et faites-moi de plaisir de remettre vos écus dans votre poche, où ils sont très bien. Vous ne me devez rien.

— Comment, je ne vous dois rien ! Est-ce que vous n’êtes plus le notaire de M. Michel Sauvage ?

— Pardon, vous n’avez donc pas lu le testament que vous a confié notre ami commun avant son départ ?

— Moi, pourquoi l’aurais-je lu, monsieur ? Un dépôt ne doit-il pas rester intact dans les mains de celui qui le reçoit ?

— Certes, mais ici le cas n’est pas le même, puisque, ainsi qu’il m’en avait prévenu, M. Michel Sauvage doit vous avoir non seulement autorisé, mais engagé à lire ce testament.