— C’est ce qu’il a fait effectivement, mais je n’ai pas cru devoir suivre ce conseil.

— Vous avez eu tort, cher monsieur Jacques, reprit le notaire ; cela vous aurait d’abord évité une course d’une trentaine de lieues pour venir m’apporter un argent que vous ne me devez pas et que, par conséquent, je ne puis recevoir. D’autre part, vous auriez vu combien notre ami commun vous aime, a confiance en vous, et a pris à cœur vos intérêts avant d’entreprendre ce long voyage, dont il reviendra, je l’espère, mais qui cependant peut être fatal. En un mot, M. Michel Sauvage vous fait, pour le présent, remise de vos fermages pendant toute la durée de son absence et, en cas de mort, il vous lègue la propriété de la ferme des Alouettes, ainsi que la somme d’argent qu’il vous a prêtée. Ces dons ont pour but de vous remercier des soins que vous avez donnés et donnerez encore à son fils Marcel, dont il vous recommande instamment de surveiller l’éducation.

— Oh ! quant à cela, il peut être tranquille, je le lui ai promis et je ferai de mon mieux. Je comptais même vous demander conseil à ce sujet, car malheureusement, si mes intentions sont bonnes, mes connaissances sont bornées.

— Vous n’avez besoin des conseils de personne, cher monsieur Jacques ; vous avez un sens droit qui vous guidera plus sûrement que tous les avis que moi ou M. Paquet pourrions vous donner. Notre ami Michel savait bien ce qu’il faisait en vous chargeant de l’éducation de son fils ; il ne pouvait mieux choisir. Rassurez-vous donc et agissez à votre guise. Tout ce que vous ferez sera bien fait.

— Enfin ! dit le fermier, comme un homme qui se résigne, puisque vous et M. Paquet pensez que cela doit être ainsi…

— C’est non seulement l’avis de M. Paquet et le mien, mais encore celui de tous les amis de M. Michel Sauvage.

— Alors, à la grâce de Dieu ! J’essaierai… Mais vous savez que Michel m’a laissé une somme de dix mille francs pour servir à l’instruction de son fils ?

— Je le sais.

— Que vais-je faire de tout cet argent ? Je ne puis cependant pas l’accepter.

— Vous auriez tort de le refuser, ce serait aller contre les volontés de notre ami, et peut-être plus tard serait-il blessé d’apprendre que vous avez méconnu ses bonnes intentions.