Jérôme était un grand et solide montagnard, taillé en athlète, âgé de trente-cinq à trente-six ans au plus, aux cheveux blonds et à la barbe fauve, dont la physionomie ouverte et franche respirait la bonté et la force.
— Salut, monsieur… et votre compagnie, dit-il, avec une légère hésitation, bien qu’avec une entière franchise, en soulevant le bonnet de laine qui couvrait sa tête et saluant les étrangers avec bonne humeur ! Soyez les bien arrivés dans ma pauvre maison, et restez-y le plus longtemps possible, si vous tenez tant soit peu à nous être agréables. Et, se tournant vers sa femme, il ajouta en lui tendant son carnier :
— Tiens, femme, il y a là deux lièvres et un chapelet de grives et de gelinottes. Vois à nous fricasser quelque chose en un tour de main, pour honorer nos hôtes, pendant que je mettrai le couvert et que je descendrai à la cave.
Après avoir embrassé ses enfants, le brave homme se mit en mesure de dresser la table avec un soin et une attention qui témoignaient de son désir de plaire à ses hôtes.
Magdeleine avait disparu, emportant le carnier, et, une demi-heure plus tard, on se mettait à table.
Magdeleine avait accompli des miracles. Le repas fut excellent. Il y avait surtout un petit vin un peu vert, mais fort bon, et qui, au dire de Jérôme, se laissait boire comme du petit lait.
Le dîner se prolongea assez tard, et il fut convenu que les voyageurs déjeûneraient avant de partir, mais que pour réparer le temps perdu, Jérôme conduirait dans sa carriole ses hôtes jusqu’à Grenoble.
Le lendemain, après un matinal et plantureux déjeûner, l’homme au burnous et Marcel prirent affectueusement congé de leur charmante hôtesse, qui semblait les voir partir avec peine ; puis ils s’installèrent dans la carriole. Jérôme fouetta son cheval, et ils s’éloignèrent au grand trot dans la direction de la ville, précédés de Petiote, qui galopait en avant.
Le trajet était court, la route belle et toute pleine de senteurs balsamiques des fleurs printanières. Le cheval était vigoureux ; un peu avant onze heures, ils atteignirent Grenoble. Jérôme s’arrêta devant l’auberge du Soleil d’or, dont le propriétaire était son ami.
Les voyageurs descendirent ; on but un coup ; puis, l’homme au burnous et Marcel firent leurs adieux à Jérôme, qui repartit aussitôt pour regagner sa maisonnette.