Les deux compagnons laissèrent leurs sacs à l’auberge, afin d’être plus dispos et plus libres de leurs mouvements et ils commencèrent à visiter la ville ; l’homme au burnous servait de cicérone à son jeune compagnon.
Nos touristes se promenèrent pendant plus de trois heures à travers les rues, et admirèrent les monuments.
Marcel s’extasia sans restriction à la vue de la vieille église de Saint-Laurent, bâtie au XIe siècle, et que la bizarrerie des sculptures extérieures de son abside fait prendre pour un ancien temple d’Esculape. Il admira l’église Saint-André et sa tour carrée de trente mètres de hauteur. Il visita le palais de justice et fut surtout ravi en regardant les tableaux que referme le musée. Le théâtre, l’hôtel de la banque, l’école d’artillerie, l’hospice, la place Grenette et son château-d’eau, la place Saint-André avec sa belle statue de Bayard mourant, attirèrent successivement son attention et forcèrent son admiration.
Marcel ne se serait jamais fatigué, et sa curiosité était encore loin d’être satisfaite, quand l’homme au burnous lui fit observer, doucement et à plusieurs reprises, que la journée s’avançait, et qu’ils avaient encore près de deux lieues à faire avant d’arriver au lieu de leur destination.
Le jeune homme céda enfin avec un soupir de regret aux instances réitérées de son ami, et ils reprirent le chemin de l’auberge du Soleil d’or. En passant devant un libraire, Marcel, voulant emporter un souvenir de la ville à laquelle il se promettait de faire prochainement une nouvelle visite, acheta un manuel pratique d’agriculture, quelques mains de papier, des plumes, de l’encre et une demi-douzaine de crayons. Après avoir fait une légère collation, car cette longue promenade leur avait donné de l’appétit, les deux hommes reprirent leurs sacs et leurs bâtons ferrés et se remirent en route.
Le trajet se fit gaîment, en causant, et, un peu avant cinq heures, ils virent apparaître, à quelques centaines de mètres en avant d’eux, un immense bâtiment d’apparence grandiose, bordé à droite et à gauche de hautes murailles qui s’étendaient si loin qu’on n’en apercevait pas le bout.
— Nous voici arrivés, dit l’homme au burnous en désignant le bâtiment avec son bâton.
— Déjà ! répondit naïvement le jeune homme. Comme le temps a passé vite !
Comme ils étaient arrivés devant un guichet percé dans une haute et massive porte cochère, l’homme au burnous saisit le marteau, le souleva et le laissa retomber à deux ou trois reprises différentes. Le guichet s’ouvrit aussitôt.
— Que désirez-vous, messieurs ? demanda poliment un homme âgé d’une quarantaine d’années, et qui se tenait debout sur le seuil d’une charmante maisonnette. Mais, avant que les voyageurs eussent eu le temps de répondre, il poussa un cri de surprise, aussitôt réprimé par un geste rapide de l’homme au burnous, et ôta respectueusement sa casquette.