— Ce sera pour déjeûner demain avant de partir, dit-il.

Après avoir soigneusement mis à part pour le lendemain la desserte de son souper, il remit du bois dans le feu, réunit les cendres embrasées de façon à assurer la chaleur du foyer pour la nuit entière, puis il s’enveloppa soigneusement dans sa limousine, plaça son sac sous sa tête en guise d’oreiller et, s’étendant sur le sol, les pieds tournés vers le feu, il s’endormit presque aussitôt d’un sommeil de plomb. Sa chienne, couchée près de lui, ne tarda pas à l’imiter. Marcel ne fit qu’un somme. Grâce à l’éducation qu’il avait reçue et aux habitudes de travail qu’il avait contractées à la ferme, il était accoutumé à se lever de bonne heure.

A peine l’aube commençait-elle à nuancer les montagnes de ses teintes nacrées, que Marcel ouvrait les yeux, et se dressa frais, dispos et reposé, comme si la veille rien d’extraordinaire ne lui était arrivé. Il regarda autour de lui et se vit seul ; Petiote était sortie ; une nuance d’un gris perle s’accentuait de plus en plus au dehors. Il se leva. En ce moment la chienne rentra ; elle accourut vers son maître, lui posa les pattes de devant sur les épaules, et lui fit joyeusement ses caresses de chaque matin. Marcel remarqua alors que le museau de la bonne bête était mouillé.

— Holà ! dit-il, d’où venez-vous, mademoiselle ? Avez-vous donc trouvé de l’eau ? La chienne le regarda en remuant la queue. — Il paraît que j’ai deviné, pensa Marcel. Attends, fillette, nous allons aller ensemble à cette source, ce ruisseau, ou cette mare. Car j’ai soif, moi aussi.

En un tour de main le jeune homme eut rechargé ses bagages et fut prêt au départ.

— Allons, en route ! dit-il.

La course ne fut pas longue ; à deux cents pas à peine de l’endroit où il avait couché, Marcel aperçut un ruisseau assez large, mais peu profond, qui courait en babillant sur un lit de cailloux, et se frayait un passage à travers des rochers qui empêchaient de le voir. A quelques pas plus loin on l’entendait tomber en cascade, puis il disparaissait à trois ou quatre mètres au-dessous de son cours.

Marcel remarqua qu’il poussait une profusion de vert cresson sur les deux rives.

— Oh ! oh ! dit-il, du cresson ! Nous allons faire un excellent déjeûner.

La propreté du corps est une des conditions les plus sérieuses de l’hygiène ; elle donne de l’élasticité aux membres, dégage les pores, rétablit les forces et même les augmente. Jamais Marcel ne commençait ses travaux avant d’avoir procédé à une sérieuse toilette. Aussi était-il vigoureux et avait-il une santé de fer.