Après avoir terminé sa toilette, Marcel, qui avait hâte de se mettre en route, déjeûna sommairement avec le reste du pâté, but un verre d’eau rougie ; puis il mit dans un mouchoir le reste de son pain, qui commençait à être fort dur. Il coupa une large tranche de jambon, noua le mouchoir, qu’il plaça sur son épaule, et, laissant sac et gibecière dans la grotte, il prit seulement son bâton ferré, dont il ne se séparait jamais, et après avoir caressé Petiote :

— En route ! mademoiselle, lui dit-il. Allons un peu visiter notre domaine. Et ils partirent. C’était le moment précis où le soleil apparaissait radieux au-dessus de l’horizon et donnait ainsi à toute la nature le signal du réveil.

Le plus court chemin pour atteindre le bois que Marcel se proposait de visiter était de côtoyer le lac dans toute sa longueur ; ce fut le parti qu’il prit sans hésiter.

Ce lac avait au plus cinq à six cents mètres de long sur quatre-vingts ou quatre-vingt-dix de large.

Ses rives, très accidentées, étaient garnies à profusion de plantes aquatiques de toutes sortes. Dans certaines places, le cresson foisonnait ; les eaux étaient claires et transparentes jusqu’à une grande profondeur.

Le jeune homme, que rien ne pressait, suivait toutes les sinuosités décrites par le caprice des eaux ; il étudiait les plantes et notait dans sa mémoire celles qui, plus tard, pourraient lui être utiles, soit à titre de comestibles, soit pour divers autres usages. Tout à coup, il s’arrêta net.

Il avait devant lui une espèce d’anse découverte, assez étroite, formant une petite plage sablonneuse, qui s’élevait en pente douce jusqu’à des buissons touffus disposés en berceau naturel. Bien que cet endroit fût charmant, ce n’était pas l’aspect pittoresque de ce microscopique retrait qui arrêtait le jeune homme et avait fixé son attention. Ce qui avait attiré ses regards et lui avait causé un vif émoi, c’était la vue d’un amas considérable d’arêtes de poissons s’étendant depuis le bord du lac jusque sous les buissons.

Marcel, qui était chasseur expérimenté, hocha la tête à plusieurs reprises.

— Il y a une loutre ! dit-il. Quel malheur que je n’aie pas mon fusil. Je me serais mis à sa recherche. Ce lac renferme donc une quantité de truites considérable ? J’en avais vu assez pour le présumer. Maintenant je suis sûr de mon fait. Si je retournais à la grotte prendre mon fusil ?

Il fit un mouvement comme pour revenir sur ses pas ; mais, presque aussitôt, il s’arrêta.