— Non ! reprit-il avec animation. Pourquoi tuer cet animal inoffensif et qui pourra peut-être me devenir utile ? J’ai lu que la loutre était susceptible d’être apprivoisée. Si je réussis à m’emparer de celle-là et à m’en faire une amie, elle deviendra mon pourvoyeur de poisson. Et il se remit en route.
Il avait, depuis quelques instants, laissé le lac derrière lui ; il se trouvait très rapproché du bois, et il se préparait à y entrer à l’aventure, en se frayant un chemin à l’aide de son bâton ferré. Soudain, Petiote, qui, jusque-là, avait tranquillement marché derrière son maître, ne s’écartant ni à droite ni à gauche, poussa un aboiement retentissant et s’élança vers le bois, dans lequel elle ne pénétra pas, mais qu’elle longea au contraire le nez à terre, pendant une quarantaine de pas ; tout à coup, elle se tourna vers Marcel et redoubla ses aboiements.
— Oh ! oh ! Qu’est-ce que cela signifie ? Allons voir, dit le jeune solitaire en souriant. Et il alla rejoindre son chien.
En arrivant près de Petiote, Marcel reconnut avec surprise que l’animal avait découvert un large sentier dont les méandres capricieux serpentaient et se perdaient dans les lointains de la plaine ; ce sentier s’enfonçait, d’autre part, dans le bois où le jeune homme se disposait lui-même à pénétrer.
— Voilà qui est bizarre, murmura-t-il. Où peut conduire ce sentier ? Je suis certain que de ce côté les rochers sont à pic et ne présentent aucune issue. Voyons où celui-ci me conduira.
Il caressa Petiote, et, s’engageant résolument sur le sentier, il pénétra dans le bois.
Ce chemin, fort tortueux, comme toutes les sentes montagnardes, était large et semblait fréquenté ; Marcel y apercevait de nombreuses traces assez profondes et fraîches de chèvres et de moutons, mêlées, à certains intervalles, à des empreintes de pas humains.
— Oh ! oh ! murmura-t-il, voilà qui n’est pas douteux ; un pâtre a passé par ici, et cela tout récemment. Serait-il arrivé à ce pauvre homme le même malheur dont j’ai été moi-même la victime ? Il n’y aurait rien d’étonnant à cela. Peut-être a-t-il été, lui aussi, surpris par l’orage, et se trouve-t-il prisonnier sur cette corniche ?
Le bois que traversait Marcel n’était pas aussi considérable qu’il semblait l’être au premier abord ; mais il était très touffu, et le sentier faisait comme à plaisir les courbes les plus extravagantes, ce qui ajoutait à l’illusion.
Tout à coup, Marcel se trouva, presque à l’improviste, à l’orée du bois : il laissa échapper un cri de surprise à l’aspect du singulier paysage qui se déroulait subitement devant lui, et auquel il était loin de s’attendre.