Une prairie de petite étendue était en face de lui ; sur cette plaine, il vit des apparences de culture ; d’un côté, un champ de blé verdoyant ; de l’autre, un champ de pommes de terre dont les tiges commençaient à apparaître et qui appartenaient certainement à une espèce hâtive.

Entre les deux champs, et à égale distance, s’élevait, nous ne dirons pas une maisonnette, mais une halle construite en bois, et dont l’architecture primitive était de tous points celle adoptée par les pâtres, pour s’abriter pendant les six mois qu’ils passent avec leurs troupeaux dans la montagne.

Seulement, cette hutte était plus grande, et surtout plus solidement établie, que celle qu’on rencontre généralement sur les hauts plateaux alpins. Elle était couverte en chaume, et, luxe très grand dans ces régions, les fenêtres, ou du moins les trous ronds qui en tenaient lieu, avaient un châssis mobile, vitré, et des volets que l’on pouvait fermer la nuit. En ce moment, ces volets étaient ouverts.

Un grand hangar en planches attenait à la hutte du côté droit. Au côté gauche se trouvait, fermé par une haie, un jardin potager très mal soigné, long de dix à quinze mètres au plus et renfermant, sans parler de quelques plantes qui ne tarderaient pas à percer la terre, car on était au mois de mai, trois arbres à fruits : cerisier, poirier et amandier, dont les fleurs commençaient à se montrer.

La porte de la hutte était ouverte, retenue par une pierre pour l’empêcher de se refermer. Plusieurs planches jetées à terre et une assez grande quantité de chaume laissèrent deviner que le propriétaire, quel qu’il fût, de cet immeuble, était occupé à le réparer.

— Hé ! murmura Marcel, est-ce que je me serais trompé ? Mon raisonnement serait-il faux ? Trouverai-je ici un compagnon ? Bah ! S’il en est ainsi, je lui demanderai l’hospitalité. Cela ne se refuse pas dans la montagne ; nous causerons et nous nous entendrons facilement ; si le maître de céans est simplement absent, je l’attendrai, voilà tout.

En arrivant devant le hangar, Marcel aperçut les quatre chèvres et le bouc, couchés bien à leur aise sur une épaisse et chaude litière de paille.

— Oh ! oh ! dit-il en les voyant ; je crois que je me suis trop hâté de considérer ces gentilles bêtes comme m’appartenant. Mais comment se fait-il qu’au lieu de se faire traire par leur pasteur, elles soient venues me demander ce service ? Cela, du reste, m’a été fort agréable. Il y a là quelque chose qui n’est pas clair, et un mystère qui a besoin d’être débrouillé.

Il pénétra alors dans la maisonnette ; un seul regard suffit pour lui prouver qu’il ne s’était pas trompé. Il n’y avait personne, cependant tout indiquait qu’elle était habitée, et que, quel que fût le temps écoulé depuis son absence, le propriétaire était sorti avec l’intention bien arrêtée de revenir bientôt.

L’intérieur de la hutte ne formait qu’une seule pièce très vaste et à peu près carrée. Le sol, en terre battue, formait une aire assez raboteuse, à cause de la boue apportée du dehors par les sabots des pâtres ou des autres personnes venues dans cette demeure ; le tiers de la pièce était pris par une énorme cheminée dont le manteau en bois, fixé à la toiture, descendait en cône renversé et formait un large auvent. Le foyer était fait avec des pierres posées en triangle ; une crémaillère se balançait au-dessus, soutenant une marmite en fer.