— Je n’ai point de savon, dit-il ; mais, quand ces couvertures seront suffisamment détrempées, je n’aurai qu’à cueillir à pleines mains cette saponaire qui pousse si vigoureusement le long du ruisseau pour achever de faire une lessive complète. Il prit alors une seille et se dirigea vers le bois à la recherche des morilles, dont il fit une abondante récolte. Il cueillit en même temps du cresson et des fraises.

— Avec un morceau de fromage, cela me fera un dessert que m’envierait un gourmand, dit-il en reprenant le chemin de la hutte. Mais voyons un peu le jardin, fit-il avant de rentrer. Il posa sa seille près de la porte et entra dans le petit enclos ; l’amandier et l’abricotier étaient en pleine floraison ; les bourres du poirier et du cerisier se gonflaient et allaient s’épanouir. Quant aux plantes potagères, sauf quelques pieds d’oseille, de chicorée sauvage, de cerfeuil et de persil, toutes les autres étaient mortes.

— Hum ! dit Marcel, ce digne Provençal avait sans doute beaucoup de bonne volonté, mais il ignorait les plus simples éléments de l’horticulture ; il est temps de réparer tout cela. Dès demain, je me mettrai à l’œuvre, car le temps presse. La terre est excellente et pourrait se passer de fumier, néanmoins la litière des chèvres m’en servira.

Après son dîner, Marcel, terminant la tâche qu’il s’était imposée, acheva de mettre ses outils en état de lui servir ; puis, à dix heures précises, il se coucha, après avoir remonté sa montre et l’avoir accrochée à portée de sa main.

A quatre heures du matin, il se leva et sortit de la hutte. Son premier travail fut de transporter du fumier dans le jardin, besogne longue et pénible, car il n’avait pas de brouette, et il lui fallait prendre la litière à la fourche et la porter ainsi. Bien que la distance à parcourir fût très courte, cette occupation lui prit deux heures.

Après avoir trait ses chèvres, il se remit à la besogne et commença à labourer. Il était habile et vigoureux ; la terre était bonne ; en cinq heures, le travail fut terminé.

— A demain les semailles ! dit-il en riant. J’irai ensuite biner les pommes de terre que la mauvaise herbe envahit. Ne voulant pas perdre les quelques minutes qui lui restaient avant l’heure réglementaire de son déjeûner, Marcel tendit un cordeau qu’il avait trouvé sous le hangar et divisa son potager en carrés qu’il sépara par des sentiers de vingt-cinq centimètres.

En ce moment, il vit arriver près de lui, d’une course précipitée, Petiote, qui, depuis le déjeûner, était allée rôder dans le bois. La surprise de Marcel fut extrême quand la brave chienne s’arrêta devant lui et déposa délicatement à ses pieds un magnifique lapin de garenne que, sans doute, elle avait surpris et étranglé d’un coup de gueule.

Le jeune homme flatta de la main l’animal, qui reçut ses caresses avec sa gravité habituelle.

— C’est très bien, Petiote ! Vous êtes une excellente pourvoyeuse, mademoiselle ! Grâce à vous, nous aurons ce soir un succulent dîner. Continuez ainsi pendant que je travaillerai ; chassez ; nous nous en trouverons bien l’un et l’autre.