Mais peu à peu, sa tristesse se calma ; la paix rentra dans son esprit ; il relut une fois encore le billet si court et si touchant de son ami, dont il commenta chaque mot ; puis il le plia et le serra précieusement dans son portefeuille.
— Oh ! mon cher et aimé Pierre, murmura-t-il doucement d’une voix émue ; ce billet est une prophétie, ton amitié t’a fait pressentir l’avenir sombre et l’épreuve terrible que Dieu m’inflige. Tu as raison comme toujours ! Ton souvenir me rend non seulement mon courage, mais encore il double mon énergie. Je serai digne de toi.
Il prit la montre, la monta en se réglant sur le soleil, l’attacha à la chaîne d’argent, et, après l’avoir pieusement baisée, la plaça dans la poche de son gilet.
— Maintenant, dit-il après un instant, il s’agit de ranger le mieux possible toutes ces richesses sur une tablette, jusqu’à ce que je me sois confectionné une armoire pour les serrer. Cela, d’ailleurs, ne tardera pas. Le sac est vide ! Mais non ! il contient encore un sac en papier très volumineux. Qu’est-ce cela ?… Échantillons de graines… Voyons donc.
Il ouvrit le sac et en versa le contenu sur un coin de la table ; c’était une quantité de petits paquets dont il lut les étiquettes.
Il y avait là des semences de toutes sortes : des légumes, céleri, oignons, échalote, ail, civette. « Voilà qui aurait rendu mon prédécesseur bien heureux », dit Marcel en souriant. Puis il continua : « Artichaut, cardon, bette, carotte, rave et navet, cresson alénois, épinards, oseille, laitue, choux de toutes espèces, panais, persil, cerfeuil, etc., etc. Tous les légumes cultivés dans les jardins potagers. Bon ! dit le jeune homme, j’ai là de quoi planter un grand jardin. »
Puis il trouva des haricots, des pois, des lentilles, des fèves de marais ; puis des graines de fourrages artificiels ; puis des graines de céréales en petite quantité, mais appartenant toutes à des espèces nouvelles et recommandées : blé, orge, avoine, seigle, sarrazin, maïs. Quand il lut sur les enveloppes de divers paquets : melons, concombres, courges, potirons, coloquintes, gourdes, pastèques.
— Oh ! diable, dit-il ; la température est un peu basse ici pour cette culture. Il va me falloir des couches. Je m’en ferai. Puis, quand il eut classé ces semences précieuses :
— Cher Morin, dit-il ; c’est bien l’homme de toutes les précautions ; il pensait à plaire à mon père adoptif, mais en somme, il n’a rien oublié de ce qui peut m’être utile. Ne dirait-on pas qu’il avait le pressentiment de mon malheur, et qu’il a tenté de l’adoucir autant que cela lui était possible ? Il se mit alors en devoir de ranger sur des tablettes tous les objets qu’il avait retirés de sa gibecière et de son sac.
Cette occupation lui prit assez de temps. Lorsqu’elle fut terminée, il raviva le feu, suspendit la marmite à la crémaillère, ramassa ensuite les couvertures abandonnées par son prédécesseur et les porta dans un ruisseau qui courait tout près de la hutte. Il les étendit au fond de l’eau et les fixa avec des pierres.