Il s’agissait maintenant d’établir un chantier de construction à proximité de la sorte d’annexe qu’il voulait ajouter à la grotte, car il lui importait d’avoir sous la main les matériaux qu’il comptait employer. L’emplacement fut bientôt choisi ; les bois seraient empilés contre les rochers mêmes, à une vingtaine de pas au plus du point où s’élèverait la construction. Marcel n’aurait ainsi du côté du lac que quelques pas à faire pour s’approvisionner des pierres dont il aurait besoin. Le jeune architecte fit alors son devis.

L’annexe aurait une profondeur de dix mètres sur six de largeur en dedans des murailles. La façade aurait quatre fenêtres séparées par une porte très large et très haute. Sur le côté appuyé aux rochers, il n’y aurait pas d’ouvertures autres que l’entrée de la grotte, mais sur l’autre il y en aurait quatre avec une petite porte, donnant accès dans la basse-cour. Au-dessus de chaque porte il placerait un œil-de-bœuf en forme d’imposte.

La seule difficulté était de mettre le sol du bâtiment de niveau avec celui de la grotte. Il fallait avant tout remédier à ce grand inconvénient et établir un niveau égal dans les deux corps de logis.

Il aurait pu procéder immédiatement aux travaux préliminaires de l’aire sur laquelle il voulait établir sa construction ; il préféra aller d’abord à la recherche des arbres qui lui seraient nécessaires. Il s’agissait de les abattre, de les scier et de les transporter à son chantier. Il pourrait ensuite se mettre à l’œuvre, avec tous ses matériaux sous la main ; il ne serait pas obligé de s’interrompre et de perdre ainsi un temps précieux. Il lui importait en effet de mener rondement ses travaux s’il voulait que sa construction fût terminée avant la mauvaise saison.

Sa hache sur son épaule et suivi de ses animaux, chiens et ours, qui avaient pris l’habitude de l’accompagner dans toutes ses courses, il prit la direction du petit bois.

Ce bois de sapins était le second que le jeune homme avait traversé quand, le lendemain du jour où il avait accompli le périple de la corniche, il avait reconnu l’impossibilité d’en sortir et s’était mis en route pour visiter ce domaine dont il devenait bien malgré lui le seigneur et maître. C’était en sortant de ce bouquet d’arbres qu’il avait pour la première fois aperçu le magnifique et pittoresque paysage qui, tout à coup, s’était déroulé devant lui avec son lac, ses plaines et ses prairies verdoyantes.

Marcel conservait un bon souvenir de ce bois à l’orée duquel il avait cueilli ses premières fraises ; et il n’oubliait pas que c’était en en sortant qu’il avait senti l’espoir rentrer définitivement dans son cœur. Le trajet n’était pas long : quelques minutes suffirent pour arriver ; le jeune homme commença aussitôt l’inspection minutieuse des arbres, et marqua avec soin ceux qui lui convenaient en leur enlevant un morceau d’écorce.

Marcel commença l’abatage. Les pauvres arbres, coupés au ras du sol, ne tardèrent pas à tomber les uns sur les autres sous les coups répétés du jeune bûcheron.

Il lui fallut cinq jours entiers pour abattre et ébrancher cent cinquante arbres.

Il les scia ensuite sur place en les posant sur un chevalet qu’il s’était fait tout exprès. Ce nouveau travail exigea six jours : trois autres journées lui suffirent pour ramener les rondins et les empiler dans son chantier. Il avait achevé sa besogne en quatorze jours et demi, pendant lesquels il avait à peine pris quelques instants de repos.