Marcel fit arrêter ses bêtes près de la grotte, à une vingtaine de pas au moins de l’endroit où il se proposait d’élever sa bâtisse.

Cette nouvelle installation ne fut ni longue ni difficile ; en moins de deux heures il la mena à bien.

Le repas de Marcel se composa ce jour-là d’une soupe à l’oseille, d’un quartier de chevreau rôti, d’un morceau de jambon, d’un peu de fromage de sa fabrication et de crêpes ; les pommes de terre remplaçaient le pain ; les abricots et les cerises dont les arbres étaient couverts constituaient le dessert.

Rien de plus pittoresque d’ailleurs que l’aspect de l’intérieur de la grotte, pendant que Marcel y prenait son repas du soir à la lueur de sa lampe primitive. La lumière, reflétée par les stalactites pendues à la voûte, se multipliait à l’infini, et changeait ce maigre éclairage en une illumination féerique ; grâce à ces reflets multipliés on voyait danser sur les murailles calcaires les grandes ombres bizarrement reproduites de tous les hôtes de ce pandémonium étrange.

Lorsque le repas fut terminé, Marcel se hâta d’enlever le couvert ; la table complètement débarrassée, il disposa ses outils, alla prendre la roue et commença à la réparer. C’était un travail assez minutieux, et qui eût semblé fort difficile à tout autre qu’au jeune homme, qui, souvent, à la ferme des Alouettes, avait entrepris des travaux de charronnage bien autrement compliqués que celui auquel il se livrait en ce moment.

Quand il eut enfin terminé, vers onze heures du soir, la roue était presque neuve et d’une solidité à toute épreuve.

Il se coucha alors et ne fit qu’un somme jusqu’à l’heure de son lever. Il est vrai que les fatigues de la journée avaient été grandes.

Le lendemain, sa toilette faite, ses chèvres traites, il s’occupa, selon son habitude, de son jardin jusqu’à l’heure de son déjeûner.

Du reste, c’était cette régularité dans ses occupations qui lui permettait de faire tant de choses. Il déjeûna vivement, puis, sans songer à se reposer, comme il le faisait parfois vers midi, il entra sous sa tente et se remit au travail. Il s’agissait maintenant de fabriquer le corps de la brouette.

Ce travail lui prit toute la journée. Lorsque la nuit le surprit, il avait déjà assemblé les pièces, de telle sorte que son œuvre était très avancée et que deux heures tout au plus lui suffiraient le lendemain pour la terminer. La brouette était large, de grande dimension, à panneaux mobiles de façon à pouvoir les ôter ou les remettre suivant la nature des objets à transporter. Le soir, après son repas, Marcel devint vannier. Le moment de la récolte approchait ; non seulement le blé semé à l’automne dernier n’allait pas tarder à mûrir, mais il avait semé lui-même, dans le terrain derrière la hutte, du blé de printemps dont il avait trouvé la graine dans son sac ; le champ commençait déjà à jaunir. Le jeune homme avait résolu de fabriquer plusieurs grandes corbeilles en se servant pour cela de jeunes pousses de châtaigniers fendues dans leur longueur. Dans ces paniers tressés il renfermerait sa récolte : le blé, l’orge, le seigle, le sarrasin, les noix et les châtaignes. Il voulut d’abord faire un van, dont il aurait grand besoin après la moisson. Ce fut à confectionner cet instrument qu’il passa sa soirée ; mais malgré son ardeur au travail, il ne put terminer le même soir. Il était dix heures passées quand il éteignit la lampe. Le lendemain, la brouette fut terminée en deux heures. Il l’essaya aussitôt ; elle roulait bien, et malgré ses dimensions un peu grandes, elle était fort légère et était établie de façon à soutenir les plus lourds fardeaux.