Sa bonne étoile lui ayant fait trouver la roue désirée, le problème était résolu ; rien ne devenait plus simple que la fabrication d’une brouette.
Puis il mit la roue sur son épaule et, pliant le prélart, il abandonna provisoirement ses recherches afin de transporter à la grotte ces deux objets précieux. Poussé par nous ne savons quel pressentiment, dont lui-même ne se rendait pas compte, il voulait s’assurer sans retard la possession de ces choses. On eût dit qu’il craignait qu’un accident quelconque ne vînt les lui ravir et l’en priver.
Il prit les prolonges et les déroula ; elles avaient chacune trois mètres de long et toutes deux se composaient d’une double corde terminée par un crochet de fer. A l’autre bout elles étaient reliées entre elles par une double ceinture en cuir assez large, dont une partie était destinée à serrer la poitrine, et l’autre, située un peu plus loin, devait se placer sur le dos de l’animal et se rattacher sous le ventre.
Tel n’était plus le cas ; les ânes manquaient. Marcel enleva la seconde ceinture devenue inutile, et la rattacha à la première par son extrémité de manière à ce que, la plaçant sur son épaule, il pût tirer plus aisément.
Il prit alors des prolonges, et avec l’aide d’un marteau, il fixa solidement le crochet de fer dans la table, puis posant la prolonge sur son épaule droite, il tira vigoureusement. La table obéit à l’impulsion et avança assez facilement.
Marcel aurait pu, à la rigueur, sans grande fatigue, opérer lui-même ce transport ; mais cela lui aurait pris beaucoup de temps, car il eût été obligé de s’arrêter à chaque instant pour présenter un nouveau rouleau sous le plateau en remplacement de ceux qui s’échappaient par derrière, au fur et à mesure que le trajet s’effectuait. Les deux ours suivaient avec une grande curiosité l’opération exécutée par Marcel et semblaient y prendre un vif intérêt. Le jeune homme installa alors la seconde prolonge, et, se tournant vers ses ours :
— Venez m’aider, madame Gigogne, dit-il en riant, et vous aussi, mon ami Pierrot. Et il leur présenta à chacun une courroie. Les deux animaux obéirent aussitôt sans se faire prier. Leurs petits yeux pétillaient de joie et d’intelligence. Ils s’approchèrent, se dressèrent sur les pieds de derrière, prirent chacun la courroie que leur présentait leur maître, et la posant sur leur épaule, comme ils lui avaient vu faire, ils tournèrent la tête vers Marcel et le regardaient comme pour lui demander de nouveaux ordres.
— A la bonne heure ! dit Marcel en riant et en les caressant, vous êtes de bonnes bêtes, bien obéissantes. Et étendant le bras :
— Allez, mes bellots ! ajouta-t-il. Les deux animaux, qui probablement n’attendaient que cet ordre, se mirent aussitôt en marche, d’un pas relevé, sans paraître le moins du monde embarrassés et comme s’ils n’avaient traîné qu’un brin de paille.
Le trajet dura une heure à peine ; et encore, Marcel, dans son intérêt propre et dans celui de ses animaux, modérait-il un peu leur ardeur et leur fit-il faire quelques haltes afin de leur donner des abricots et des cerises dont il avait fait provision.