A l'instant où le tigre apercevait le chasseur, celui-ci l'avait vu, le combat était donc imminent. Les deux ennemis restèrent plusieurs minutes à s'observer, les regards croisés comme deux lames d'épées.
—Allons, décide-toi donc, paresseux, murmura Balle-Franche.
Le jaguar poussa un sourd rugissement, aiguisa quelques secondes ses griffes formidables sur la branche qui lui servait de piédestal, puis se repliant et se pelotonnant pour ainsi dire sur lui-même, il bondit sur le chasseur. Celui-ci ne bougea pas; le rifle à l'épaule, les pieds écartés et fortement appuyés en terre, le corps un peu penché, il suivait d'un œil intelligent tous les mouvements du fauve; au moment où celui-ci s'élança, le chasseur pressa la détente.
Le coup partit, le tigre tournoya dans l'espace avec un hurlement furieux et retomba aux pieds de Balle-Franche. Le Canadien se pencha vers lui, le jaguar était mort; la balle du chasseur lui était entrée dans le crâne par l'œil droit et l'avait foudroyé.
Cependant, au hurlement du fauve et à la détonation du rifle de Balle-Franche, don Miguel avait ouvert les yeux il s'était brusquement relevé sur le coude droit, et le regard effaré, les traits contractés par une émotion étrange et terrible qui empourprait son visage.
—A moi! A moi! cria-t-il d'une voix tonnante.
—Me voilà! s'écria Balle-Franche, en accourant et l'obligeant à se recoucher.
Don Miguel le regarda.
—Qui êtes-vous? lui dit-il, au bout d'un instant, que me voulez-vous? Je ne vous connais pas.
—C'est juste, répondit imperturbablement le chasseur, qui lui parlait comme à un enfant, mais vous me connaîtrez bientôt, soyez tranquille; pour le moment, qu'il vous suffise de savoir que je suis un ami.