—Sauver, peut-être, celle que vous chérissez, puisque vous n'osez pas le faire vous-même.
—Que mon père laisse son esclave, dit l'Indien, en s'interposant, le Wacondah l'inspire.
Don Mariano n'eut pas le courage de résister plus longtemps, d'autant plus que, malgré lui, un sentiment inconnu dont il ne pouvait se rendre compte lui disait que c'était lui qui avait tort et que Bermudez faisait bien d'agir ainsi. Le métis avait, avec le plus grand sang-froid, ouvert les papiers sans paraître s'occuper de ce que son action avait de risqué au point de vue des convenances.
—Oh! s'écria-t-il tout à coup, ne vous avais-je pas dit, seigneurie, que c'était Dieu qui vous mettait entre les mains les preuves que vous cherchiez vainement depuis si longtemps; lisez! Lisez! Et s'il est possible, doutez encore du témoignage de vos yeux et refusez plus longtemps de croire à la perfidie de votre frère et à son odieuse trahison.
Don Mariano s'empara des papiers avec un geste fébrile et les parcourut rapidement des yeux. Après en avoir lu deux ou trois, il s'arrêta, leva les yeux au ciel, et laissa tomber sa tête dans ses mains avec l'expression de la plus grande douleur.
—Oh! fit-il avec désespoir, mon frère! Mon frère!
—Courage! lui dit doucement Bermudez.
—J'en aurai! répondit-il, l'heure de la justice est arrivée.
Un changement étrange s'était subitement opéré en lui. Cet homme si craintif quelques minutes auparavant, dont l'hésitation était extrême, s'était métamorphosé; il semblait avoir grandi, ses traits avaient pris une rigidité imposante, ses yeux lançaient des éclairs.
—Plus de craintes puériles, dit-il, plus de tergiversations. Il faut agir.