—Eh bien? lui demanda-t-il en affectant une tranquillité peut-être loin de son cœur.

—Tout est calme, répondit le chasseur, la Cihuatl peut venir.

L'Indien secoua la tête.

—Depuis le lever de la lune, Mahchsi-Karehde est séparé de l'Églantine, il ignore où elle se trouve en ce moment.

Un bienveillant sourire plissa les lèvres du chasseur.

—L'Églantine aime mon frère, dit-il doucement, le petit oiseau qui chante au fond de son cœur l'aura guidé sur les traces du chef; Mahchsi-Karehde a-t-il oublié le chant avec lequel il l'appelait à ses rendez-vous d'amour dans la tribu?

—Le chef n'a rien oublié.

—Qu'il appelle donc alors.

L'Indien ne se fit pas répéter cette invitation; le cri du Walkon s'éleva dans le silence.

Au même instant on entendit un froissement de branches, et une jeune femme, bondissant comme une biche effrayée, vint tomber haletante dans les bras du guerrier indien qui s'étaient ouverts pour la recevoir. Cette étreinte n'eut que la durée d'un éclair; le chef, honteux sans doute devant un blanc, bien que ce blanc fût son ami, du mouvement de tendresse auquel il s'était laissé entraîner, repoussa froidement la jeune femme en lui disant d'une voix dans laquelle ne perçait aucune trace d'émotion: