—L'heure est arrivée, dit-il; mes frères pâles exigent de moi le plus grand sacrifice qu'ils puissent demander à un sachem, c'est-à-dire de leur ouvrir les portes de l'un des derniers refuges de la religion indienne, du principal sanctuaire où se conserve encore intacte la loi de Ilhuicamina[2], le plus grand, le plus puissant et le plus malheureux de tous les souverains qui ont gouverné le pays d'Hanahuac[3]; cependant, afin de prouver à mes frères pâles combien mon sang coule rouge dans mes veines et combien mon cœur est pur et sans nuage, pour eux je le ferai, ainsi que je l'ai promis.
A cette assurance donnée par l'Aigle-Volant, dont la parole ne pouvait être révoquée en doute, tous les visages s'éclaircirent.
Le chef continua:
—L'Aigle-Volant n'a pas la langue fourchue; ce qu'il dit, il le fait; il introduira le grand chasseur pâle dans Quiepaa-Tani; seulement, mes frères doivent oublier qu'ils sont guerriers et braves; la ruse seule peut les faire triompher. Le grand chasseur des visages pâles a-t-il compris les paroles du chef? Est-il résolu à se fier à sa prudence et à son expérience?
—J'agirai comme vous me l'indiquerez, chef, répondit Bon-Affût, qui savait que c'était à lui que s'adressait le Comanche; je vous promets de me laisser entièrement guider par vous.
—Ooah! reprit l'Indien en souriant, tout est bien alors; avant deux heures, mon frère sera dans Quiepaa-Tani.
—Dieu veuille qu'il en soit ainsi et que ma pauvre enfant soit sauvée, murmura don Mariano.
—Je suis depuis longtemps habitué à lutter de ruse avec les Indiens, répondit le chasseur; jusqu'à présent, grâce à Dieu, je me suis toujours assez bien tiré de mes rencontres avec eux; j'ai, cette fois encore, bon espoir de réussir.
—Nous nous tiendrons prêts à vous venir en aide, si besoin était, dit don Leo.
—Surtout, arrangez-vous de façon à ne pas être dépistés; vous savez que ce traître de Domingo, leur a donné l'éveil.