Aussitôt que le chef eut disparu, le chasseur fit à son tour ses adieux à ses amis. C'était peut-être la dernière fois qu'il les voyait. Qui pouvait prévoir le sort qui lui était réservé au milieu des Indiens farouches aux mains desquels il allait se livrer sans défense?
—Je vous accompagnerai jusqu'à la lisière de la forêt, lui dit don Leo, afin de bien me rendre compte des moyens que je pourrai employer afin d'être à portée d'accourir à votre premier signal.
—Venez, lui dit laconiquement le chasseur.
Ils partirent suivis par les vœux de tous leurs compagnons, qui voyaient s'éloigner Bon-Affût avec un sentiment de tristesse et une anxiété inexprimable.
Les deux hommes marchaient côte à côte sans échanger une parole; le Canadien était plongé dans de profondes réflexions; don Leo, lui, semblait en proie à une émotion dont il ne parvenait pas à se rendre maître. Ils arrivèrent ainsi jusqu'aux derniers arbres de la forêt.
Le chasseur s'arrêta.
—C'est ici que nous devons nous quitter, dit-il à son compagnon.
—C'est vrai, murmura le jeune homme, en jetant un regard triste autour de lui. Et il se tut.
Le Canadien attendit un instant; voyant enfin que don Leo s'obstinait à garder le silence:
—N'avez-vous rien à me dire? reprit-il.