—Quelle cause peut troubler ainsi mon père?

—Frère, dit avec amertume le vieux chef, bien des lunes se sont écoulées depuis la dernière visite faite par vous à Quiepaa-Tani.

—L'homme n'est que le jouet des événements, jamais il ne peut faire ce qu'il projette.

—C'est vrai. Peut-être eût-il mieux valu pour vous et pour nous que vous ne fussiez pas aussi longtemps demeuré éloigné de nous.

—Souvent, bien souvent, j'ai eu le désir de venir; mais toujours la fatalité m'en a empêché.

—Oui, cela doit être ainsi; sans cela nous vous aurions vu; bien des choses qui se sont passées n'auraient pas eu lieu.

—Que voulez-vous dire?

—Ce serait trop long à vous expliquer, le temps me manque en ce moment pour le faire; il faut que je me rende au conseil où je suis attendu; qu'il vous suffise de savoir que depuis quelque temps un mauvais génie a soufflé un esprit de discorde parmi les sachems du grand conseil; deux hommes sont parvenus à faire prévaloir une influence funeste sur ses délibérations et à imposer leurs idées et leurs volontés à tous les chefs.

—Et ces hommes, qui sont-ils?

—Vous ne les connaissez que trop.