Nous ne rapporterons pas la conversation qui eut lieu entre don Leo et les jeunes filles lorsqu'ils se trouvèrent en présence; nous nous bornerons à dire que, après une visite d'une heure qui pour les jeune gens s'écoula avec la rapidité d'une minute, Bon-Affût parvint à grand-peine à les faire consentir à se séparer et revint avec l'aventurier auprès du grand-prêtre, dont il redoutait d'éveiller les soupçons.

—Courage! dit rapidement le chasseur pendant le trajet, tout va bien; maintenant laissez-moi faire.

—Eh bien? demanda le grand-prêtre dès qu'ils parurent.

Bon-Affût redressa majestueusement sa haute taille, et, prenant un accent imposant et sévère:

—Écoutez, fit-il, les paroles que le grand Wacondah souffle à ma poitrine et fait arriver à mes lèvres; voici ce que dit l'homme divin ici présent: Les deux soleils qui suivront celui-ci sont tertzauh—mauvais augure;—mais le soir du troisième, dis que mexteli—la lune—répandra sa lumière bienfaisante, mon fils le sachem Atoyac prendra la peau d'une vigogne que mon père le vénéré amantzin de Quiepaa-Tani tuera d'ici là et qu'il bénira au nom de Teolt[1]; il étendra cette peau sur le sommet d'un monticule qui doit se trouver à peu de distance hors de la ville, afin que le méchant esprit en sortant du corps des jeunes filles ne puisse s'emparer d'aucun des habitants de la cité, puis il conduira les captives à la place où cette peau sera étendue.

—Mais observa le grand-prêtre, l'une d'elles est incapable de remuer du hamac où repose son corps.

—La sagesse de mon fils réside dans chacune de ses paroles; mais qu'il se rassure, le Wacondah donnera à celles qu'il veut sauver la force nécessaire.

L'amantzin fut contraint de s'incliner devant cet argument sans réplique.

—Lorsque ce que j'ai expliqué à mon père sera fait, continua imperturbablement le Canadien, il choisira quatre des plus braves guerriers de la nation pour l'aider à garder les captives pendant la nuit, et alors, après que j'aurai fait boire au puissant amantzin, ainsi qu'aux hommes qui l'accompagneront, une liqueur qui les garantira de toutes les mauvaises influences, mon frère le divin tlacateotzin chassera le méchant esprit qui tourmente les femmes pâles.

Le grand-prêtre et le sachem écoutaient en silence, ils semblaient réfléchir: le Canadien s'en aperçut; il se hâta d'ajouter.