Il l'obligea à descendre devant lui, et tous deux abandonnèrent enfin le monticule. Arrivés à peu près à moitié chemin de la forêt, les chasseurs furent contraints de s'arrêter, les jeunes filles, épuisées de fatigue et d'émotion, sentaient qu'elles ne pouvaient aller plus loin.
Soudain une nombreuse troupe de cavaliers, à la tête desquels se trouvaient don Mariano, Balle-Franche et Ruperto, déboucha au galop de la forêt et accourut vers eux.
—Ah! s'écria don Leo avec une joie délirante, je l'ai donc sauvée enfin!
Les jeunes filles montèrent sur des chevaux préparés à l'avance pour elles et furent placées au centre du détachement.
—Ma fille! Ma fille chérie! répétait don Mariano en la couvrant de baisers.
L'aventurier respecta quelques instants les doux épanchements de ce père et de cette fille qui depuis si longtemps étaient séparés et n'espéraient plus se revoir. Deux larmes brûlantes qu'il ne put retenir roulèrent sur ses joues brunies, et devant un bonheur si complet il oublia une minute que désormais une barrière infranchissable était élevée entre celle qu'il aimait et lui; mais bientôt, reprenant ses esprits et comprenant la nécessité de se hâter:
—En route! En route! commanda-t-il; ne nous laissons pas surprendre.
Soudain un éclair sinistre traversa l'horizon; un sifflement aigu se fit entendre, et une balle vint s'aplatir sur la tête d'un gambucino, à deux pas de don Leo. Puis un hurlement horrible, le cri de guerre des Apaches, éclata avec fureur.
—En retraite! En retraite! s'écria Bon-Affût, voilà les peaux-rouges!
Les gambucinos, enfonçant les éperons dans les flancs de leurs chevaux, partirent avec une rapidité vertigineuse.