—Pourquoi ne pas être franc avec nous, don Miguel? ajouta doña Luisa. Mieux vaut nous avouer clairement dans quelle position nous sommes et à quoi nous sommes exposées.

—Mon Dieu! Le sais-je moi-même? reprit-il; j'ai pris toutes les précautions nécessaires pour défendre l'hacienda jusqu'à la dernière extrémité; mais j'espère que notre piste ne sera pas découverte.

—Vous nous trompez encore, don Miguel, dit Laura avec un ton de reproche si doux qu'il alla au cœur du jeune homme.

—D'ailleurs, continua l'aventurier, sans vouloir répondre à l'interruption de celle qu'il aimait, soyez certaines, señoritas, qu'en cas d'attaque nous mourrons tous, mes compagnons et moi, avant qu'un Apache puisse franchir le seuil de cette porte.

—Les Apaches, s'écrièrent les jeunes filles, dont le souvenir de leur captivité était encore palpitant dans leur mémoire et qui tremblaient à la seule pensée de retomber entre leurs mains.

Cependant ce mouvement d'effroi n'eut que la durée d'un éclair; la physionomie de Laura reprit aussitôt l'expression angélique qui lui était habituelle, et ce fut en donnant à sa voix l'intonation la plus douce qu'elle dit à don Leo:

—Nous avons foi en vous; nous savons que, pour nous sauver, vous ferez tout ce qui est humainement possible; nous vous remercions de votre dévouement; notre sort est entre les mains de Dieu, nous avons confiance en lui. Agissez en homme, don Miguel, ne vous inquiétez pas de nous davantage; seulement, je vous en prie, veillez sur mon père.

—Oui, ajouta doña Luisa, faites bravement votre devoir; de notre côté, nous ferons le nôtre.

Don Leo la regarda sans comprendre. Elle sourit en rougissant, mais sans parler davantage.

Le jeune homme semblait vouloir dire quelques mots; mais après un moment d'hésitation, il salua respectueusement les jeunes filles et se retira.