—L'Aigle-Volant n'abandonne pas ses amis, dit-elle; c'est un grand chef; l'Églantine est fière d'être sa femme. Que mon frère la laisse sortir; l'Églantine à dans le cœur un petit oiseau qui chante doucement et qui lui dit où est le sachem.

Don Leo était en proie à une vive perplexité; il ne pouvait se décider à consentir à ce que lui demandait l'Indienne; il lui répugnait d'abandonner ainsi cette jeune femme qui leur avait donné tant de preuves de dévouement depuis qu'elle était parmi eux. En ce moment il se sentit frapper sur l'épaule; il se retourna: c'était Bon-Affût qui venait le rejoindre.

—Laissez-la faire, dit-il; elle sait mieux que nous pourquoi elle agit ainsi; les peaux-rouges ne font jamais rien qu'avec connaissance de cause. Venez, chère enfant, je vais vous accompagner jusqu'à la porte et vous faire donner un cheval.

—Allez donc, répondit don Leo; mais souvenez-vous que c'est contre mon désir que vous nous avez quittés.

L'Indienne sourit, embrassa les deux jeunes filles en leur disant ce seul mot:

—Courage!

Puis elle suivit Bon-Affût.

—Pauvre chère créature! murmura don Leo. Elle va chercher à nous être utile encore, j'en suis convaincu. Se tournant alors vers les jeunes femmes:

Niñas, leur dit-il, reprenez courage; nous sommes nombreux; demain, au lever du soleil, nous repartirons sans craindre d'être inquiétés par les maraudeurs indiens.

—Don Miguel, répondit doña Laura en souriant avec tristesse, vous essaierez en vain de nous rassurer; nous avons entendu ce que vos hommes disaient entre eux; ils s'attendent à une attaque.