Rien n'était changé: la campagne était toujours déserte. Ce calme était de mauvaise augure. Le soleil se coucha dans un flot de vapeurs rougeâtres, la lumière décrut subitement et la nuit arriva avec ses ténèbres et ses mystères.
Don Leo, laissant le Canadien seul, descendit dans la chambre qui servait de refuge aux trois femmes. Les jeunes filles étaient assises et gardaient le silence.
L'Églantine s'avança vers lui.
—Que veut ma sœur? demanda le jeune homme.
—L'Églantine veut partir, répondit-elle de sa voix douce.
—Comment! Partir! se récria-t-il avec étonnement; c'est impossible; la nuit est sombre; ma sœur courrait trop de danger seule dans la campagne; les callis de sa tribu sont bien loin dans la prairie.
L'Églantine fit sa petite moue habituelle en secouant la tête.
—L'Églantine veut partir, reprit-elle avec impatience; mon frère lui fera donner un cheval; il faut qu'elle rejoigne l'Aigle-Volant.
—Hélas! Ma pauvre enfant, l'Aigle-Volant est bien loin en ce moment, j'en ai la crainte; vous ne le retrouverez pas.
La jeune femme releva vivement la tête: