Tout à coup des cris se firent entendre sur les derrières des Indiens, et Balle-Franche roula sur eux comme une avalanche à la tête de sa troupe. Les peaux-rouges, surpris et épouvantés par cette attaque imprévue, se replièrent en désordre et se dispersèrent dans la campagne. Don Leo s'élança alors à la tête d'une vingtaine d'hommes pour soutenir son embuscade et achever la défaite des ennemis. Les aventuriers poursuivirent les Indiens qu'ils massacrèrent avec fureur. Tout à coup don Leo poussa un cri de surprise et de rage.
Pendant qu'il se laissait entraîner à la poursuite des Apaches, d'autres Indiens, surgissant subitement dans l'espace laissé libre, s'étaient élancés dans l'hacienda. Les gambucinos tournèrent bride et retournèrent sur leurs pas de toute la rapidité de leurs chevaux. Il était trop tard! L'hacienda était envahie.
Le combat devint alors un carnage horrible, une boucherie sans nom. Au milieu des Apaches, Atoyac, Addick et don Estevan semblaient se multiplier, tant leurs coups étaient pressés et leur fureur au comble. Sur la marche la plus élevée du perron conduisant dans l'intérieur de la maison, don Mariano et quelques gambucinos qu'il avait ralliés luttaient en désespérés contre les attaques répétées d'une foule d'Indiens. Soudain un voile sanglant s'étendit devant les yeux du jeune homme, une sueur froide inonda son visage: les Apaches avaient forcé l'entrée, ils inondaient la maison.
—En avant! En avant! hurla don Leo en se jetant à corps perdu dans la mêlée.
—En avant! répétèrent Balle-Franche et Bon-Affût.
En ce moment, les deux jeunes femmes parurent aux fenêtres poursuivies de près par des peaux-rouges, qui les saisirent dans leurs bras et les enlevèrent malgré leurs cris de désespoir et leur résistance. Tout était perdu!
Mais à cet instant suprême, le cri de guerre des Comanches vibra dans l'espace, et une nuée de guerriers, en avant desquels galopait l'Aigle-Volant, tomba comme la foudre sur les Apaches qui se croyaient vainqueurs. Cernés de tout les côtés à la fois, après une résistance héroïque, ceux-ci furent enfin forcés de plier et de chercher leur salut dans la fuite.
Les aventuriers étaient sauvés à l'instant où ils croyaient n'avoir plus qu'à se faire tuer pour ne pas tomber vivants entre les mains de leurs féroces ennemis.