Deux heures plus tard, le soleil éclairait à son lever une scène touchante dans cette hacienda qui venait d'être le théâtre d'une bataille aussi acharnée.
Les aventuriers et les guerriers comanches, arrivés si heureusement pour eux, s'étaient empressés de faire disparaître autant que possible les traces du combat. Dans un angle retiré du patio les cadavres de ceux qui avaient succombé dans la lutte étaient amoncelés et recouverts tant bien que mal avec de la paille; des sentinelles comanches gardaient une vingtaine de prisonniers apaches, et les aventuriers s'occupaient, les uns à panser leurs blessures, les autres à ouvrir de larges tranchées pour enterrer les morts.
Sous le zaguán de l'habitation, sur des bottes de paille recouvertes de zarapés, deux hommes et une femme étaient étendus. La femme était morte, c'était doña Luisa. La pauvre enfant, dont toute la vie n'avait été qu'une longue abnégation et un continuel dévouement, s'était bravement fait tuer par don Estevan, au moment où elle-même brûlait la cervelle à Addick, qui enlevait doña Laura.
Les deux hommes étaient don Mariano et Balle-Franche.
Don Leo et Laura se tenaient chacun d'un côté du vieillard, épiant avec inquiétude l'instant où il rouvrirait les yeux.
Bon-Affût, triste et le front pâle, était penché sur son vieux camarade qui allait mourir.
—Courage, lui disait-il, courage, frère, ce n'est rien!
Le Canadien essaya de sourire.
—Hum! Je sais ce qui en est, répondit-il d'une voix entrecoupée; j'en ai encore pour dix minutes au plus, et puis après, dam!
Il se tut un instant et sembla réfléchir.