—Dites moi, Bon-Affût, reprit-il, croyez-vous que Dieu me pardonnera?
—Oui, mon digne ami, car vous étiez une vaillante et bonne créature!
—J'ai toujours agi selon mon cœur. Enfin, on dit que la miséricorde de Dieu est infinie; j'espère en lui.
—Espérez, mon ami, espérez!
—C'est égal, je savais bien que les Indiens ne me tueraient jamais; vous le voyez, c'est ce don Estevan qui m'a blessé; mais je lui ai fendu le crâne à cet assassin de jeunes filles! Misérable! J'aurais dû le laisser mourir dans sa fosse! Comme un loup pris au piège.
Sa voix s'affaiblissait de plus en plus, son regard devenait vitreux, la vie se retirait à grands pas.
—Pardonnez-lui; maintenant il est mort, il ne pourra plus nuire.
—Dieu soit loué! J'ai enfin écrasé la vipère! Adieu, Bon-Affût, mon vieux camarade! Nous ne chasserons plus les daims et les bisons ensemble dans la prairie; nous ne pousserons plus notre cri de guerre contre les Apaches... où est l'Aigle-Volant?
—Il est à la poursuite des peaux-rouges.
—Oh! C'est un brave cœur; il était bien jeune quand je l'ai connu, c'était en 1845; je me rappelle que je revenais de...