Il s'arrêta. Bon-Affût, qui s'était penché le plus près possible de lui, afin d'entendre les paroles qu'il prononçait d'une voix de plus en plus faible, le regarda. Il était mort.

Le digne chasseur avait rendu son âme à Dieu, sans éprouver les cruelles angoisses de la mort. Son ami lui ferma pieusement les yeux, s'agenouilla près de lui, et, inclinant son front pâle. Il pria avec ferveur pour son vieux compagnon.

Cependant don Mariano était toujours dans le même état d'insensibilité apparente. Les deux gens lui tenaient chacun une main et interrogeaient son pouls avec inquiétude. Les deux vieux domestiques du gentilhomme pleuraient silencieusement réfugiés dans un angle de la pièce.

Tout à coup don Mariano poussa un profond soupir, une vive rougeur colora son visage, ses yeux s'ouvrirent, pendant quelques secondes il sembla chercher à rappeler ses idées troublées par les approches de l'agonie. Enfin il fit un effort suprême, se dressa à demi sur sa couche, et regardant tour à tour, avec une expression de bonté ineffable, les deux jeunes gens qui étaient tombés agenouillés, il ramena leurs mains vers lui et les réunit sur son cœur.

—Don Leo, dit-il d'une voix forte, veillez sur elle! Laura, tu l'aimes, sois heureuse! Mes enfants, je vous bénis! Mon Dieu! Pardonnez dans votre miséricorde au malheureux, cause de tous nos malheurs! Seigneur, recevez-moi dans votre sein! Mes enfants, mes enfants, au revoir!

Son corps fut soudain agité d'un tremblement convulsif, ses traits se contractèrent, et il retomba en arrière en exhalant un soupir suprême.

Il était mort!

Après avoir rendu les derniers devoirs à son vieux camarade, Bon-Affût suivit l'Aigle-Volant et ses guerriers. Depuis, on n'entendit plus parler de lui; la mort de Balle-Franche avait brisé en cet homme si fort toute énergie et toute volonté; peut-être traîne-t-il encore les restes de sa misérable existence au milieu des Indiens, parmi lesquels il s'était résolu à vivre.

Les recherches minutieuses faites plus tard par don Leo de Torres, après son mariage avec doña Laura de Real del Monte demeurèrent toutes sans résultat; le jeune homme dut, à son grand regret, renoncer à s'acquitter jamais envers cet homme au cœur si simple et si grand à la fois, auquel il devait tant de reconnaissance.

FIN DE L'ÉCLAIREUR.