L'evangelista fouilla dans son tiroir et en tira une feuille de papier blanc sur laquelle quelques mots étaient tracés en noir d'une façon presque illisible.

Dès que le soldat eut le papier entre les mains, il le parcourut des yeux; il paraît que ce qu'il lut avait pour lui un grand intérêt, car il pâlit visiblement, et un tremblement convulsif agita tout son corps, mais se remettant presque aussitôt:

—C'est bien, dit-il en déchirant le papier en parcelles imperceptibles, voilà pour vous!

Et il jeta sur la table une nouvelle poignée d'onces.

—Merci, caballero, s'écria Tío Leporello en se précipitant avidement sur le précieux métal.

Un sourire ironique plissa les lèvres du soldat, et profitant de la position du vieillard, qui était penché sur la table pour ramasser l'or il leva son couteau et le lui enfonça jusqu'au manche entre les deux épaules. Le coup fut si bien assené, porté d'une main si ferme, que le vieillard tomba comme une masse sans pousser un soupir, sans proférer une plainte. Le soldat le regarda un instant impassible et froid; puis rassuré par l'immobilité de sa victime, qu'il crut morte:

—Allons, murmura-t-il, cela vaut mieux; au moins de cette façon il ne parlera pas!

Après cette philosophique oraison funèbre, l'assassin essuya tranquillement son couteau, ramassa son or, éteignit le candil, ouvrit la porte de l'échoppe, la referma avec soin derrière lui, et s'éloigna de ce pas assuré, bien qu'un peu pressé, d'un promeneur attardé qui se hâte de regagner son logis.

La plaza Mayor était déserte.

[1] Nom des voitures de place à Mexico.