—Pardieu! s'écria-t-il, la rencontre est heureuse, car c'est vous que je cherche, mon drôle.

—Hein! répondit le Mexicain au comble de la surprise, et cherchant vainement à reconnaître son singulier interlocuteur, vous me cherchez, moi, señor, et pour quel motif, sainte Vierge!

—Tu vas le savoir, et d'abord, que fais-tu ici? Comment y es-tu venu? Es-tu seul?

—Voilà bien des questions à la fois, señor, répondit froidement le Mexicain; je ne suis plus jeune, j'ai toujours remarqué qu'il était beaucoup plus facile d'adresser des questions que d'y répondre, et surtout qu'on ne se compromettait jamais en gardant le silence; vous trouverez donc bon, s'il vous plaît, que ma bouche demeure close au moins jusqu'à ce que je sache quel est le noble cavalier qui me fait ainsi l'honneur de m'interroger.

L'officier se mit à rire.

—Allons, reprit-il, tu es un drôle avisé; c'est bon, nous nous entendrons bientôt.

—C'est possible; mais j'en doute.

—Peut-être, aie patience, dans un instant je suis à toi.

Se retournant alors vers ses officiers, qui l'avaient rejoint et se tenaient immobiles derrière lui:

—Messieurs, reprit-il, veillez à ce que l'ordre ne soit pas troublé et qu'on n'écorche pas trop ces pauvres diables. Si la guerre a des exigences, n'oublions pas que nous sommes des gentlemen, et devons agir comme tels. Je vous recommande la plus grande vigilance; que personne, sans mon autorisation, ne puisse s'échapper du village, que chacun soit prêt à sauter en selle au premier signal; Quant à vous, señores, ajouta-t-il en s'adressant à l'alcade et au curé, rentrez paisiblement dans vos demeures, exhortez les habitants à être soumis et calmes. A la moindre apparence de trahison, je brûle le village. Vous m'avez bien compris, donc, soyez prudents. Adieu.